« Ca ne prévient pas, ça arrive, ça vient de loin… », une projection comme une autre et puis c’est le choc. Un film vous prend dès les premières minutes pour ne plus vous lâcher. Vous vous laissez emporter par l’histoire, les personnages et surtout cette incroyable alchimie entre ces éléments et des images qui vont faire leur chemin en vous. Vous sortez de la projection dans un état d’excitation. Enfin, vous la tenez cette revanche du cinématographe contre les mauvais films, Francis Veber, « Vilaine » et les autres. Enfin, vous vous dites que décidément le cinéma vaut d’être vécu. Une chose et une seule vous fait pester, le titre français de ce film qui vous a ainsi transporté : « Les noces rebelles ». Un titre totalement idiot, presque obscène, comparé à l’incroyable puissance du film que vous venez de voir. A l’origine, le nouveau film de Sam Mendes (oui, c’est de lui dont il s’agit ici) s’appelle « Revolutionnary Road ». Tout plutôt que ces désastreuses et insignifiantes « noces rebelles » ! En tête d’affiche : Kate Winslet et Leonardo di Caprio qui quittent avec bonheur leur Titanic pesant, si pesant, pour atteindre ici des rivages bien différents où leur talent éclate. Di Caprio en époux fort et fragile. Winslet en épouse d’un impossible ailleurs. Ils forment ici l’un des plus beaux duos de cinéma. Couple semblable et définitivement contraire, si proche, si loin. Un condensé à deux voix des peurs, des élans, des envies, des haines, des craintes, des renoncements et des folies de l’Amérique triomphante des années 50. Mais au-delà, ils sont nous, êtres universels, non situés et non datés, pauvres petits fétus de paille ballottés dans nos costumes trop grands d’aventuriers virtuels que le réel se charge de réveiller à coups de grandes claques dans la figure. Décidément le film de Sam Mendes n’en finit pas de cheminer. Il impose son tempo, son incroyable élégance et sa capacité à filmer une tragédie quotidienne sans esbroufe. Mais comment parler d’une œuvre dont l’un des enseignements pourrait être : « Tais-toi » ?! Se taire pour arrêter de dire des âneries à ceux qu’on aime ou qu’on déteste. Se taire, pour enfin ne parler ni trop tard, ni trop tôt. Se taire pour s’écouter. Couper le son de temps en temps dans nos vies bruyantes et pleines de fureur. Ce film, c’est selon moi, le plus beau à ce jour de Sam Mendes, un pur concentré de cinéma et d’humanité. Il vous faudra patienter jusqu’au 21 janvier pour aller découvrir ces « Noces rebelles » (décidément, je ne m’y fais pas !). La vie est injuste !Mais pour l'heure, n'oubliez pas, la route révolutionnaire, c'est la plage d'Agnès Varda ! Courez, courez, courez voir le chef d'œuvre d'une cinéaste en liberté grande.Tout en écrivant ce billet, j’écoute le CD « Michel Legrand/Jacques Demy Le cinéma en chanté » qui vient de paraître chez Universal. Une petite merveille musicale remplie d’airs connus, aimés, adorés et d’autres inconnus et même une chanson inédite d’un film jamais tourné. On doit ce bonheur de fin d'année à Stéphane Lerouge, le monsieur BO qui à chaque nouvelle parution parvient à nous étonner. Merci, Stéphane !La phrase du jour ? « Le cinéma, c’est action, action, action, mais, attention, toujours dans le même sens. » Raoul Walsh

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