Une journée à Avignon. Sous un soleil de plomb. Ville bien aimée, souvent parcourue, arpentée. Finalement la grande rivale locale de Nîmes. Plus aristocratique que sa concurrente gardoise, plus ostentatoire, plus catholique que la Gardoise protestante. Mais toutes deux spectaculaires : à la première le théâtre, à la seconde la corrida. Deux spectacles également vivants, fugaces. Une différence de taille dans ce domaine du spectacle. A Nîmes, des « 400 coups » à « Bellamy », le cinéma on connaît bien. D’Avignon, aucun souvenir cinéphile ne me revient vraiment. Ma mémoire flanche-t-elle à ce point accaparée par d’autres souvenirs ? Juste un bref passage dans un film récent, « Parlez-moi de la pluie » d’Agnès Jaoui. Il faut avoir l’œil : à un moment Agnès Jaoui et Frédéric Pierrot marchent dans Avignon, empruntant cette incroyable rue taillée dans la roche à droite du Palais des Papes. Presque une ruelle en fait, tortueuse à souhait, terriblement charmante. C’est tout ou presque. Décidément d’Avignon au cinéma ne me revient aucune image marquante. Même pas le fameux pont coupé, à la manière de celui de « Jules et Jim ». Même pas le Palais. Et pourtant des films existent évidemment, comme celui de Diastème, « Le bruit des gens autour » totalement centré sur le Festival d’Avignon. Mais c’est bien le problème : la capitale mondiale du théâtre peut-elle avoir une « existence légale » au cinéma ?! La Cour d’Honneur, c’est Vilar et Vitez, mais pas Truffaut et Desplechin (même si cette année, Christophe Honoré a tenté la conciliation avec « Angelo, tyran de Padoue »). Chacun a sa place, n’est-ce pas ? C’est certainement caricatural et outré. Pourtant, Avignon n’est pas une ville de cinéma. C’est une ville d’actrices et d’acteurs. Et dont certains (la plupart) sont allée d’Avignon au cinéma, Gérard Philipe en tête, mais aussi Noiret, Wilson, Roussillon, Caubère, Recoing, Dréville, Desarthe, Cornillac, Jaoui et tant d’autres. Ici, pas d’images de cinéma. Mais, ici, le souvenir de Jean-Paul Roussillon jouant dans « Les Parisiens » une pièce de Pascal Rambert dans ce lieu merveilleux et hors les murs qu’est l’île de La Barthelasse (on y produit par ailleurs un alcool de poire de toute splendeur !). Et Anne Alvaro, sur cette même île devant une somptueuse maison de maître, incarnant l’une des trois sœurs… Et le souvenir d’Agnès Jaoui jouant des bribes de Tchékov avec d’autres élèves de Patrice Chéreau dans un cloître attenant à la Cour d’Honneur. Et Caubère dans la carrière Boulbon, seul face à lui-même au monde. Et… Décidément du théâtre pur et des avant-goûts de cinéma. Des préfigurations. Sans que jamais le cinéma ne puisse véritablement effacer la scène vue à Avignon. Ici, c’est toute la jeunesse du cinéma qui se produit. Avec l’élan vital qui lui est propre. Avec cet appétit de vivre et de découvrir que l’on aime infiniment.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Le bruit des cigales faisait écho au soleil et couvrait presque sa voix quand il lui parlait à l’oreille. »Jean Carrière, « Echos »

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