C’est peut-être quand on est dans un train qu’on saisit mieux le caractère éminemment cinématographique dudit moyen de transport. Passons sur la question des origines du côté de La Ciotat déjà largement évoquée ici-même ! Passons sur la belle phrase de Truffaut qui sert d’incipit à ce blog décidément vagabond et quasi ferroviaire. Passons enfin sur la tentation de traiter en quelques phrases définitives la thématique « Train et Cinéma » qui pourrait donner lieu à plusieurs volumes !Et acceptons juste l’idée d’évoquer quelques souvenirs de la vie du rail (« la vie duraille », dixit Jean-Bernard Pouy) sur grand écran. Peut-être, d’abord, la découverte, dans l’enfance, de Keaton et du « Mécano de la Générale », soit la vieille loco des westerns aux prises avec un mécanicien lunatique et « mouvementé ». L ‘idée que le gag est une question de tempo et que, de ce point de vue, le rythme de la loco est un formidable métronome : vite, très vite, au ralenti, en arrière, en avant, à l’arrêt au-dessus du vide, à l’arrêt tout simplement.Et puis plus tard, les premières images de « L’Horloger de Saint-Paul » de Bertrand Tavernier. Une petite fille (en fait la fille du cinéaste) qui par la fenêtre du couloir d’un wagon-lit à l’ancienne (de profundis et regrets sincères et éternels de ne pouvoir y emmener en voyage la bien aimée : la SNCF a décidé de leur suppression…) découvre l’étrange spectacle d’une voiture qui brûle dans la nuit. Image fugitive pour elle (le train n’a que faire de ce qui se passe à côté de lui). Image décisive pour nous spectateurs mais dont l’explication ne viendra que plus tard. Et curieusement, un autre train de nuit plus tard dans ce même film, un autre train avec un autre lieu désormais disparu : le wagon-restaurant (« Ah ! voyons ce que le chef a préparé pour nous assassiner aujourd’hui ! » déclare Philippe Noiret en prenant connaissance du menu une fois attablé…). Et soit dit en passant, on aurait également aimé emmener dîner sa bien-aimée dans un wagon-restaurant ! Un voyage en train donc entre le flic et le père du meurtrier qu’il va arrêter. Le train comme un lieu presque neutre, le lieu d’un échange entre ces deux hommes que tout sépare et séparera. Décidément un lieu de cinéma parce qu’un lieu d’images animées et d’histoires possibles en huis clos.Autre souvenir ferroviaire avec … « Le Train » de Pierre Granier-Deferre, avec une scène saisissante d’attaque d’un train en pleine débâcle par les avions allemands. Et surtout la musique totalement adéquate, pleine de bruit et de fureur, écrite par Philippe Sarde. Avec en prime la surprise de découvrir bien des années plus tard l’utilisation par André Téchiné de cette même musique pour filmer une scène identique dans « Les Egarés », œuvre superbe. Pratique peu courante que cette réutilisation sonore à l’identique, mais juste : Sarde ce jour-là avait écrit LA musique capable de dire et de raconter ce train pris sous les bombes.Un dernier rail pour la route : « 2046 » de Wong Kar-wai. Ou comment érotiser, poétiser, dramatiser, sublimer un train hors du temps ou au cœur du temps, c’est tout comme. Un train où une androïde se met à pleurer d’amour, ce qui est plus que rassurant. Ce train-là est à cheval entre fiction et réalité, entre passé et présent. Et son bruit hante la bande son de façon récurrente et fascinante. Ici, le train prend des allures de métaphore humaine. C’est bien plus que le train de la vie, c’est le train de l’univers, notre univers, notre avenir. Celui qu’il nous faut choisir. Un train à la croisée des lignes peut-être. Avec ce que cela veut dire d’incertitude, de peur, de courage aussi évidemment et d’assurance en l’avenir. C’est pour cette raison que ce faux train de science fiction nous est tellement proche et que nous le comprenons si bien.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« C’est déjà la fin de la saison des cerises. Alors, « bonjour tristesse » ! Elles vont nous manquer affreusement. Mais, le secret, quand on les aime vraiment, c’est d’attendre leur retour ! »Paul Valet, « Carnets, notes »

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