de Miguel Gomesavec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espírito Santo, Carloto Cotta, Isabel Cardoso, Ivo Müller, Manuel Mesquita

Pilar passe les premières années de sa retraite à essayer d’embellir le monde, et à s’accommoder de la culpabilité des gens, une tâche de plus en plus frustrante de nos jours.Elle prend part à des veillées pacifiques, collabore avec des organisations caritatives catholiques, héberge des jeunes polonaises venant à Lisbonne pour assister aux rencontres oecuméniques de Taizé, tout en accrochant et décrochant sans cesse du mur une horrible toile, peinte par un ami, afin qu’il ne soit pas vexé de ne pas la voir à l’occasion de l’une de ses visites…Elle est surtout très préoccupée par la solitude de sa voisine Aurora, une octogénaire capricieuse et excentrique qui s’échappe au casino dès qu’elle a de l’argent. Elle parle sans cesse de sa fille qui semble la délaisser, a des « gueules de bois » causées par les antidépresseurs et suspecte sa femme de ménage capverdienne, Santa, de faire du vaudou à son encontre.Avant de mourir, Aurora fera un mystérieux voeu et Pilar et Santa joindront leurs efforts pour l’exaucer. Aurora veut revoir un homme, Gian Luca Ventura, quelqu’un dont personne ne connaissait l’existence jusqu’alors. Pilar et Santa découvriront que cet homme existe bel et bien mais qu’il n’a plus toute sa tête. Ventura a un pacte secret avec Aurora, et une histoire à raconter ; une histoire qui s’est passée il y a cinquante ans, peu avant le début de la guerre de colonisation portugaise. Cette histoire débute ainsi : « Aurora avait une ferme en Afrique au pied du Mont Tabou. »

Miguel Gomes évoque le travail avec les acteurs

Pour la première partie du film, nous avons un peu répété les scènes écrites. Pour la deuxième partie, nous n’avons rien répété du tout et nous avons jeté le scénario (tout en suivant les indications de ce que nous avions écrit). J’ai demandé à Ana Moreira d’apprendre à utiliser un fusil et Carloto Cotta de s’entraîner à jouer de la batterie. En Afrique, nous avons formé au sein de l’équipe un groupe composé de quatre personnes, nommé le Comité Central (le scénariste, le monteur, l’assistant réalisateur et moi). Le travail du Comité Central était d’inventer, de réécrire et d’éliminer les scènes ou les idées de scènes qui devaient être tournées les jours suivants. Pendant le tournage, nous improvisions avec les acteurs, qui savaient peu de choses de ce qui se déroulait dans chacune des scènes, bien qu’ils aient une idée générale de l’histoire. Dans certaines scènes, nous avons enregistré le son synchrone, et les acteurs faisaient semblant de parler en disant ce qui leur plaisait (Tabou est un film très intéressant pour le public portugais sourd et muet qui peut lire sur les lèvres…). Dans d’autres scènes, les acteurs parlaient normalement et ensuite nous éliminions et remplacions le son synchrone.

Présentation de Thierry Fiorile dans le journal de 8h du 5 décembre

Miguel Gomes
Miguel Gomes © Shellac
### Le choix du noir et blanc Nous avons fait un travail de préparation, essayant de comprendre les nuances d’ombres de gris que chaque couleur et gradation de couleur rendrait à l’écran. Rien de très scientifique mais nous photographions le décor, les costumes, les essais de maquillage, les accessoires, etc. en noir et blanc. Lorsqu’il n’y a plus de couleur, la composition et la façon dont la lumière entre et se diffuse dans le cadre deviennent tous deux essentiels. Mais à un certain point, étant donné que nous avons tous des yeux pour voir, nous mettons la science de côté. ### Et le Mont Tabou ? Il n’y a pas de Mont Tabou au Mozambique, ne croyez pas tous ce que vous voyez dans le film. Le film a été tourné dans le Nord de la province de Zambézie, près de la frontière avec le Malawi. C’est une région de montagne dominée par la culture du thé. Dans le film, ce n’est même pas censé être le Mozambique, c’est une ancienne colonie portugaise sans nom, un territoire historique indéterminé, réinventé pour un film nommé Tabou.
Tabou
Tabou © Shellac
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