Promesse à tenir : je dois vous parler de la sortie en version restaurée des « Vacances de Monsieur Hulot », ce chef d’œuvre signé Jacques Tati. Ce n’est d’ailleurs pas un devoir mais un plaisir et cela le restera ! « Les Vacances… » font partie de ces films pièges que chacun croit avoir eu à la télévision surtout dans sa jeunesse. Un bon conseil : méfiez-vous de ce genre de souvenirs parcellaires et précipitez-vous dans les salles dès demain pour vérifier que vous avez bien vu ce film intégralement ! Vous n’hésiterez pas à y entraîner des ados et des enfants en leur faisant valoir qu’il n’y a pas qu’Harry P. dans une vie de cinéphile…Pourquoi Tati décidément et définitivement ? Hulot, c’est un hyper actif qui s’ignore, un enfant avec un corps d’adulte, un pragmatique au fort tempérament lunatique. Bref, c’est le tout et son contraire. C’est à dire, nous. Ou plus précisément la mécanique Hulot qui est une mécanique d’extrême précision est faite pour nous révéler à nous-même, défauts et qualités compris. Et de la mécanique des corps (qui fait de Hulot l’héritier direct de Keaton) on passe insensiblement à la mécanique des cœurs. Dans l’horlogerie du monde, la pendule Hulot bat certes à son propre rythme, mais chaque spectateur peut aisément y retrouver ses propres intermittences. Le miracle Tati est là : toujours dans un léger décalage, mais toujours ou presque dans l’universel. Les langues n’ont pas leur place dans cette tour de Babel des bruitages, sons, crissements, klaxons, cris et autres bruits de balles de tennis. Misère du dialoguiste. Toute puissance du bruiteur et du musicien.De ce point de vue, Tati invente une sorte de cinéma muet parlant. Un retour aux sources du cinématographe. Les paroles volent, les bruits restent. Chaque personnage est alors caractérisé par une attitude et/ou un bruit, un son, … La stylisation selon Tati passe ainsi par une caractérisation immédiate et récurrente. L’essence même du gag : le propre de l’arroseur, c’est d’être arrosé depuis la nuit des temps du cinéma.Le slogan de tout Tati, ce pourrait être « Ecoutez la différence » (si, si !). Moins un regard (« voyez la différence », nous disent d’autres cinéastes enivrés de formalisme) qu’une oreille. « Ce qui se conçoit bien, se bruite aisément » aurait pu paraphraser Tati. Tout ici est affaire d’harmonies et de dissonnances.Autrement dit, cette version restaurée des « Vacances » mérite toute votre attention. C’est un peu comme si nous n’avions jamais vu et entendu ce film-là qui revient vers nous après un immense bain de jouvence. Tati vaut bien un tel travail.Ah ! ça ira ! La phrase de la nuit ?« Je déteste les stades » (Annotation de la main de François Truffaut sur une première version du scénario de « Baisers volés » pour une scène se déroulant à Coubertin et finalement abandonnée !)

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