A la Cinémathèque française, à Paris, souffle un vent bienfaisant depuis le 8 avril dernier et ce jusqu’au 3 août. Cette brise-là s’appelle Jacques Tati. Une formidable exposition, orchestrée par Stéphane Goudet et Macha Makeïef (lui le fond ? Elle la forme ? peu importe, chez Tati, ce sont deux éléments indissociables) lui est consacrée. On peut voir, entendre, toucher, presque sentir et respirer l’air de ce cinéma rare (6 longs métrages, pas un de plus), le tout sur 650 m2. Soit un vaste espace entièrement dédié à l’univers coloré, ludique, dérangeant, réel et rêvé de Tati. Une exposition juste parce qu’elle n’entend pas faire le tour d’une œuvre qui ne se donne jamais dans sa totalité. Tati, c’est l’art des contraires. Versatile, l’auteur de « Jour de fête » ? Oui, et c’est un compliment, si l’on remonte aux sources de ce bel adjectif en v : « à double tranchant » pour les Latins qui l’employaient à propos d’une épée. Tati est un glaive versatile, donc redoutablement efficace !D‘un côté le noir et blanc, de l’autre la couleur. Ainsi a-t-on connu « Jour de fête » et son facteur farceur. Dans nos souvenirs d’enfant en noir et blanc. Dans nos mémoires cinéphiles désormais en couleur. Un coup, le chromo de la France éternelle, du petit village, de la Poste (on dirait un film de Dany Boon ! Non je plaisante). Un coup, le multicolore d’une France qui bouge, qui vit et qui s’agite. Un coup, les vacances d’un certain Monsieur Hulot sont en noir et blanc, nostalgie oblige. Un coup, le même Hulot cherche du travail dans un building, en verre en couleurs, modernité oblige. A double tranchant, toujours.Et ainsi de suite pour l’ensemble des films de Tati qui manie comme personne la dualité et le dualisme. Comme dans « Mon Oncle » où la ville Arpel côtoie le vieil immeuble insalubre d’un Paris destiné à disparaître. Comme dans « Les Vacances de Monsieur Hulot » où l’absurdité des départs en vacances sur un quai de gare en folie contraste avec le simple plaisir d’une partie de tennis qui vire à la folie douce. Etrange et souriant. Drôlatique et grave. Ainsi va le monde de Tati. Si vous ne le connaissez pas encore, si vos pas vous mènent à Paris et à la Cinémathèque, alors il vous faut découvrir le Tati monde. On y parle des langues parfois incompréhensibles mais c’est pourtant le cinéma le plus universel qui soit. Les corps s’y déplacent bizarrement, mais chacun y retrouve ses propres chorégraphies hésitantes. Si loin, si proche, si Tati.La phrase du jour ?« A la campagne, je ne lis pas les journaux. »Laura, alias Gene Tierney, dans « Laura » d’Otto Preminger

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