Le dernier film de Sean Penn a atterré l'équipe des critiques de l'émission dominicale de cinéma qui ne se prive pas de persifler.

Détail de l'affiche The Last Face de Sean Penn
Détail de l'affiche The Last Face de Sean Penn © River road film, Matt Palmieri productions, Gerber pictures, Film Haven entertai

Avec Sophie Avon (Sud-Ouest), Michel Ciment (Positif), Eric Neuhoff (Figaro) et Alain Riou (L’Obs), réunis autour de Jérôme Garcin (L'Obs, France Inter).

Jérôme Garcin : "Un film qui a provoqué des rires de gêne à Cannes."

Ce n’est pas la fête du cinéma américain ce soir ! On va aller vite sur The Last face qui est un très long film de Sean Penn avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Excharchopoulos… Un film que l’on a vu à Cannes où il a provoqué des rires de gêne. L’histoire se passe en Afrique, dans un pays déchiré par la guerre, et décimé par le sida. Et on est conviés à assister à l’histoire d’amour torride, un peu suante entre deux médecins : le médecin espagnol Javier Bardem et la patronne sud-africaine d’une ONG, Charlize Theron. Je laisse de côté l’inénarrable Jean Réno de French doctor. Mais sans Christian Clavier, c’est ridicule ! Il manque quelque chose au film quand il n'a pas sa côte de maille. A chaque plan, il nous est rappelé de façon assez obscène que l’amour, c’est aussi la guerre. Et d’ailleurs inversement avec des phrases d’anthologie : dont une réplique de Charlize à Javier : « Ce n’est pas parce que tu es allé à l’intérieur de moi que tu me connais » … Je l’ai épinglé au-dessus de mon lit, celle-ci ! Et je me souviens aussi à Cannes du titre de Libé le lendemain de la projection : « Un nouveau drame pour l’Afrique. »

Michel Ciment : "Nul, plein de clichés."

Oui à Cannes, ça a commencé dès le pré-générique : les éclats de rire et les huées se mélangeaient. Avec cette phrase en exergue : « La violence de la guerre n’est comparable qu’à la brutalité des rapports entre un homme et une femme qui s’aiment d’un amour impossible ». Déjà, on était stupéfait de voir une telle nullité en compétition, alors qu’on avait refusé le film Fais de beaux rêves de Bellocchio, et _Néruda. V_oir que ce film nul, plein de clichés et avec de mauvaises actions était dans la sélection ! C’est différent de Birth of a nation, mais c'est le même genre de choses. C’est un film qui se retourne : on a honte de voir les problèmes de l’Afrique traités dans une mise en parallèle entre le massacre des Africains et cet amour torride.

Sophie Avon : "Personne n'a dit à Sean Penn qu'on ne représentait pas la souffrance comme ça ?"

Et cette façon de montrer de manière obscène la souffrance de cette guerre. J’ai encore en mémoire ces deux plans affreux à base d’images de cadavres au-dessus desquels volettent des mouches, et celui sur des tripes sur les barbelés. Comment, dans l’entourage de Sean Penn, personne ne lui a dit de qu’on ne représente pas la souffrance comme ça ! C’est une honte pour les morts. On rigolait pour l’amour… Mais le Harlequin plaqué là-dessus ! Quand en plus c’est doublé de cette espèce de manque de moralité au sens où comme disait Godard, le travelling, c’est une affaire de morale. C’est vraiment ça. On ne peut pas tout montrer allègrement. Là il le montre et avec un contrepoint joyeux de l’amour. Plus les couchers de soleil…

Eric Neuhoff : "Charlize Theron va perdre son contrat avec Dior, si les dirigeants voient le film."

Non, c’est assez précieux un film comme ça. Quand il va sortir en DVD, on va pouvoir se faire des soirées hilarantes… Il y a aussi les scènes « avant de faire l’amour, il faut se brosser les dents ». On a l’impression d’une pub pour le fluor. Le tout se fait derrière un rideau de perles. C’était les préliminaires. Mais il n’y a pas besoin de brosse à dents pour ça ! L’amour est fluor que la guerre… Tout est ridicule. Quand on voit ce que fait Sean Penn à la fois des sentiments et de l’actualité dramatique de ces pays-là. Ce type est tombé sur la tête ! Il avait fait des bons films, je ne sais pas ce qui lui est arrivé ! C’était au moment de sa séparation avec Charlize Theron : soit il a voulu couler sa carrière par méchanceté, soit il a voulu lui faire un cadeau, mais là du coup, je comprends qu’elle soit partie. Elle va perdre son contrat avec Dior si les dirigeants de la marque vont voir le film. C’est terrible ! On entend quand même Charlize dire : avant de rencontrer Miguel, j’étais l’idée de moi-même. On a envie de lui dire : faut te soigner !

Alain Riou : "Je ne peux pas en parler. J’ai promis de ne pas être méchant en 2017."

►►► Écoutez l'émission du 22 janvier qui évoquait le film The Last Face

La bande-annonce :

Les autres films évoqués : Naissance d’une nation, Born to be Blue, Jamais contente, Corniche Kennedy, Dalida, et La communauté

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