Le dernier film de James Gray "The Lost City of Z" est-il somptueusement beau et profond, ou ennuyeux avec une impression de long discours ? Le point de vue des critiques cinéma.

Détail de l'affiche de The Lost City of Z de James Gray
Détail de l'affiche de The Lost City of Z de James Gray © Paramount Pictures/Plan B entertainment

L' émission cinéma de France Inter évoquait The Lost City of Z, le dernier film de James Gray. Un film d'aventure tiré d'une histoire réelle. Avec les critiques : Danièle Heymann (Marianne), Eric Neuhoff (Le Figaro), Alain Riou (L’Obs), Pierre Murat (Télérama), réunis autour de Jérôme Garcin (L’Obs et France Inter)

Jérôme Garcin : "Un film critique sur le colonialisme, l’impérialisme…"

La présentation du film The Lost City of Z par Jérôme Garcin :

The Lost City of Z de James Gray, d’après le roman de David Grann, tiré des aventures réelles de Percy Fawcett. Un film avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson et Sienna Miller. James Gray retrace pendant deux heures et vingt minutes, les aventures de Percy Fawcett, ce colonel de l’armée britannique que la Royal Society of Geography a envoyé au début du XXe siècle en Amazonie pour cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie.

En fait de frontières, Fawcett, joué par Charlie Hunnam, trouve la trace d’une cité perdue qui serait vieille de 6000 ans. De retour à Londres, il est moqué par la Société de géographie. Il va disparaître au cours de sa septième ou huitième expédition en 1925. C’est un film d’aventure, mais aussi un film critique sur le colonialisme, l’impérialisme… James Gray en parle beaucoup dans ses entretiens : de ces occidentaux qui ont tant méprisé ces civilisations primitives.

Eric Neuhoff : "Un film très fort, profond, et original"

J’ai beaucoup aimé, je l’ai vu deux fois déjà. J’ai trouvé que c’était un film très fort, très profond, original, qui surprend de la part de James Gray, même si on retrouve certains de ses thèmes : l’obsession, les histoires de famille, la paternité, ou le rapport père-fils vers la fin.

Et puis cette femme qui le soutient contre vents et marées, qui reste seule à élever sa famille, avec un côté Pénélope, pas Fillon, hein ? Celle d’Ulysse. Elle est jouée par Sienna Miller : c’est un film dans lequel il y a beaucoup d’inconnus à part elle. Elle est absolument épatante dans ce rôle, elle est déchirée, mais droite comme un menhir sur la lande… C'est Brad Pitt qui devait jouer le rôle principal. Mais heureusement, je ne sais pas pourquoi, ça ne s’est pas fait. Il est resté producteur du film. Ce Charlie Hunnam est très, très bien.

 Sienna Miller dans "The Lost City of Z"
Sienna Miller dans "The Lost City of Z" © Aucun(e)

Il y a plein de choses dans ce film : le complexe de classe, parce que le père de cet explorateur était un déclassé qui jouait et qui buvait. Ce qu’il fait qu’il n’est reconnu par personne dans la haute société. Il y a une scène d’ouverture magnifique de chasse au cerf suivi d’une soirée avec une scène d’humiliation. Tout ça n’est qu’une histoire de revanche, d’obsession d’un type qui doute, mais qui ne l’avouera jamais, qui va s’enfoncer dans la jungle de ses pensées, dans la jungle de ses songes, jusqu’à y périr sans doute. Mais c’est un film très beau avec une boussole qui sert de "Rosebud" dans Citizen Kane.

Daniel Heyman : "C’est somptueusement beau"

C’est évidemment somptueusement beau, bien que ce ne soit pas dans le style des précédents James Gray. Personnellement, je suis plus bouleversée par The Yards, Two Lovers, ou par La Nuit nous appartient. Mais là ça dépasse en beauté et en profondeur et on y retrouve ses obsessions et la paternité.

Tu dis qu’il n’y a pas d’acteur connus, mais il y a un recyclage de Robert Pattinson, le petit vampire de Twilight, et aussi l’un des fils de l’explorateur, c’est Tom Holland qui a été Billy Elliott . Surtout ce qui est beau, c’est le propos profond du film : cette utopie, ce mirage de la cité perdue et sa volonté de prouver que ces dits sauvages, auraient beaucoup à apprendre aux dits civilisés. Et sur le plan de l’image, et du son, c’est magnifique.

Robert Pattinson dans The Lost City of Z de James Gray
Robert Pattinson dans The Lost City of Z de James Gray © Aucun(e)

Alain Riou : "Je me suis emmerdé pour être franc !"

J’avais lu cette histoire enfant dans Spirou ou dans Tintin et je l’avais trouvé beaucoup plus intéressant à l’époque. Je n’ai pas aimé ce film et pour une raison simple : j’y ai surtout entendu une suite de discours. Ce type s’adresse à sa femme, et on ne dirait pas qu’il parle à sa chérie, mais à la postérité. Tout ce qu’il dit est absolument marqué. A la manière de ces discours, avec un vif regret, je vais conseiller à nos merveilleux auditeurs de rester à l’écart de cette œuvre profonde. Je me suis emmerdé pour être franc !

Pierre Murat : "C’est un film qui progresse avec le temps"

Comme Eric, j’ai beaucoup aimé les rapports de classe. Le héros est méprisé par l’aristocratie anglaise, mais lui-même, traite de haut sa femme, et lors de ses premiers voyages, les "sauvages" qu’il rencontre. James Gray disait qu’il voulait développer la vision la plus complexe possible de toutes ces hiérarchies et ça, ça lui réussit très bien. La petite réserve, et Dieu sait que je suis un fan de James Gray, puisque moi je défends même un film que personne n’a aimé : The Immigrant avec Marion Cotillard, je trouve c’est un peu long à démarrer et que le premier voyage, il ne s’y passe pas grand-chose. C’est un film qui progresse avec le temps. La deuxième expédition est beaucoup mieux que la première. Et la troisième est magnifique ! Et la fin est splendide.

Écoutez l’extrait du Masque :

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La bande annonce :

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