Après "Captain Marvel", "Un jour de pluie à New York" ou encore "Les Animaux fantastiques" Jude Law signe son retour, aux côtés de Carie Coon, dans une famille américaine qui s'installe dans un manoir anglais afin de faire fortune. Une mise en scène qui verse dans le thriller gothique qui n'a pas emballé les critiques.

Jude Law et Carrie Coon dans "The nest" de Sean Durkin
Jude Law et Carrie Coon dans "The nest" de Sean Durkin © Ascot Elite Entertainment

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un film ultra primé au Festival américain de Deauville puisqu'il a eu le Grand Prix du jury de la révélation, prix de la critique, avec Jude Law, Carrie Coon, Charlie Chotwell. Un film qui, faute de sortir en salles en novembre dernier, est disponible sur Canal+. C'est l'histoire en spirale d'une chute libre dans les années 1980, période de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. 

Jude Law, un entrepreneur anglais mégalomane qui vit bourgeoisement aux Etats-Unis avec sa femme américaine Allison et leurs deux enfants, décide de revenir à Londres avec sa famille pour y faire des affaires. Il leur promet monts et merveilles, un superbe manoir, la fortune, le bonheur, sans compter une écurie pour Allison, qui est cavalière. À ce propos, il y a une scène qui fera frémir les amoureux de chevaux. Évidemment, le rêve va tourner au cauchemar dans une atmosphère noire, parfois thriller un peu gothique. 

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Pierre Murat estime que "c'est moins bien qu'on ose le prétendre"

"C'est pas mal, mais pas plus que ça. Ce qui est réussi, c'est toute la première partie, quand ils arrivent. 

La musique choisie, cette musique de jazz, est formidable, de même que la façon qu'a eu le réalisateur de filmer ses personnages presque petits dans l'immensité des décors, ce qui contribue à créer un décalage, une ambiance. 

Le petit problème, c'est que la décomposition du couple et de la famille me semble, d'une part, extrêmement rapide, lourde… Et quand j'entends sur les écrits de certains confrères, ces critiques qui pensent que c'est un chef-d'œuvre, je dirais qu'ils ont la mémoire courte parce que certains films de Joseph Losey comme Accident (1967) qui sont beaucoup plus fins et beaucoup plus troubles sur cette décomposition familiale. Là, c'est la colossale finesse…" 

C'est un peu moins bien que ce que l'on dit 

Camille Nevers ne comprend pas les raisons de son succès au festival de Deauville

"C'est une sorte de film un peu post-Losey, avec des ambiances de bourgeoisies lourdes et empesées. Le film consiste à savoir comment on filme un couple et une famille dans un décor, dans une demeure avec une espèce de récit gothique. Le mari est toujours un peu veule, un peu mystérieux dans son métier. 

J'ai beaucoup pensé à un autre film, avec un personnage central totalement veule, c'était celui de Match Point de Woody Allen dans lequel Jude Law aurait pu jouer d'ailleurs, ce personnage timoré entre le côté opportuniste, meurtrier et totalement dégénéré qui était génial. Alors que, là, il est un petit peu en deçà de tout, mais sans doute que c'est dû à la façon dont le film se met en route. 

Il y a deux films qui ne se regardent jamais vraiment : son film à elle et son film à lui, avec cette espèce de couple censé s'aimer.

ll y a une jolie scène de cul où on sent que les deux s'aiment quand même, mais sinon, vraiment, on n'aurait pas du tout envie de croire à leur rapport, au fait qu'ils restent ensemble malgré tout, que, elle, reste avec ce type escroc et mythomane. 

Le film est quand même très très guindé, et qui plus est, créé avec beaucoup d'intentions de mise en scène, de cadre, mais qui, effectivement, n'a pas l'âme d'un Losey, ne reposant pas dans cette espèce de rectitude qui en ferait un grand metteur en scène. 

Je pense qu'il se prend pour un grand metteur en scène, mais qu'il n'en est pas encore un…

C'est un film qui ne fait pas oublier d'autres films de gothique et de terreur dans des grandes maisons. Comme l'année dernière, avec Invisible Man ou Swallow, qui reposaient aussi sur des personnages de terreur. Là où il n'y a pas vraiment de terreur, il y a juste un petit ennui bourgeois".

Michel Ciment salue tout de même de vraies qualités 

"Il ne faut pas exagérer cette multitude de prix, il faut avant tout voir le contexte. Je n'ai pas visualisé tous les films en lice pour le festival de Deauville, mais il est totalement vraisemblable qu'il ait été le meilleur film de Deauville. 

Il y a de vraies qualités, ne serait-ce que pour la réapparition d'un acteur qui tendait à disparaître (Jude Law) qui revient et qui est vraiment très bon. De même que Carrie Coon. 

Le film n'accable pas ses personnages et pourtant, il aurait pu ! Là, je ne trouve pas. Mais, effectivement, quand on compare avec les films de Joseph Losey. On en est très loin. C'est ce qu'il voudrait faire, sans doute, mais il ne le fait pas. C'est un peu le même problème de beaucoup de films aujourd'hui, si on les compare aux films des années 1960". 

Eric Neuhoff a beaucoup aimé et l'a vu 3 fois !

"On pourrait appeler ça On enterre mal les chevaux ou Regarde un homme tomber, mais moi, j'ai pensé à un autre film par rapport au sujet : Le Mépris de Godard (1963), parce que c'est un film qui se demande comment l'argent peut pourrir un couple de l'intérieur, son absence comme son trop plein. On voit comment ce type, courtier à New York, revient en Angleterre et il y a quelque chose de très Fitzgeraldien. Fitzgerald qui disait que "il n'y a pas de deuxième acte dans la vie d'un Américain". Et, là Jude Law est tellement américain que même quand il retourne à Londres, il n'a plus ses marques. Il cherche à tout prix de l'argent pour épater sa femme, pour lui donner la vie qu'elle a envie d'avoir. 

Il y a cette histoire de cheval qui est quand même magnifique, malgré certains séquences ; la scène du dîner, je la trouve épatante, très bien écrite, avec cette Carrie Coon qui porte aussi le film à bout de bras. Jude Law trouve enfin, quant à lui, le rôle d'imposteur qu'il aurait dû avoir dans Monsieur Ripley, au lieu que ce soit Matt Damon qui le joue. 

Il y a vraiment quelque chose de romanesque, de terriblement vénéneux.

J'ai trouvé que ça ressemblait au roman de James Walter, avec cette élégance qui contraste avec la fébrilité du héros ; de voir aussi comment l'argent, l'appât du gain, même dans un décor gothique, un manoir hors de prix, avec tous ces traders qui nagent dans les millions, traduit une déchéance telle que l'amour ne peut pas exister dans ces circonstances-là".

Un film vertigineux !

Le film

▶︎ Disponible sur Canal Plus

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"The Nest" de Sean Durkin

Par Jérôme Garcin

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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