Johnny Depp aurait-il été Johnny Depp sans Tim Burton ? A quoi auraient ressemblé les films de Tim Burton sans Johnny Depp ? La rencontre de l’un et de l’autre a indéniablement marqué la carrière de chacun, et surtout leur image dans l’inconscient populaire.

Johnny Depp et Tim Burton sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999) © Getty / Christophe d'Yvoire / Sygma
Johnny Depp et Tim Burton sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999) © Getty / Christophe d'Yvoire / Sygma © Getty / Christophe d'Yvoire / Sygma

Les deux hommes partagent ce même goût pour l’étrange. Visuellement, ils cultivent tous deux une apparence et un look à la fois désuet et décalé. Professionnellement, ils sont unis par un goût commun pour l’obscurité et le macabre. Depp et Burton semblent tous deux faire partie de la même marge, une marge éclairée par une lumière clair-obscur.

Mais comment Johnny Depp, alors petit minet de la télévision, a pu arriver sur la route de Tim Burton ?

C’est en avril 1989 que les deux hommes se rencontrent pour la toute première fois, dans le bar du Bel Age Hotel de Los Angeles. À l’époque de leur rencontre, Burton était en pleine préparation pour son film _Edward aux mains d’argent_. Pour le rôle principal plusieurs acteurs déjà confirmés avaient déjà été évoqués : Tom Hanks, Jim Carrey, Gary Oldman, mais aussi William Hurt et Robert Downey Jr. Tim Burton rencontra notamment Tom Cruise, qui était la grande vedette du moment depuis Top Gun, et que les studios de production avaient vraiment mis en tête de liste. Une audition qui n’a pas convaincu le maître de l’étrange… Burton lui refuse le rôle, et rencontre quelques temps plus tard le jeune Depp.

Acteur de séries télé, révélé dans 21 Jump Street, Johnny Depp n’avait pas encore fait ses preuves au cinéma et a été complètement décontenancé en rencontrant Tim Burton pour la première fois. Il a totalement perdu ses moyens, avait du mal à formuler ses pensées, agitait ses mains dans tous les sens… Il en est ressorti persuadé que Tim Burton ne le rappellerait jamais mais c’est justement cette maladresse qui a touché le réalisateur. Il avait trouvé son Edward, et refusa dès lors de rencontrer d’autres acteurs, ne laissant ainsi aucune chance à Michael Jackson désireux de se lancer dans le cinéma et qui lorgnait sur le rôle d'Edward.

J'ai lu le script d'une seule traite et j'ai pleuré comme un nouveau-né. Bouleversé que quelqu'un soit suffisamment brillant pour concevoir, puis écrire, cette histoire, je me suis replongé dedans immédiatement. J'ai été si ému que des torrents d'images submergeaient  mon cerveau – celles des chiens de mon enfance, des moments où en  grandissant je me sentais rejeté et décalé, persuadé d'être le p'tit minet de la télé.

– Témoigne Johnny Depp, bien des années plus tard, dans le livre d’entretiens que Mark Salisbury consacra à Tim Burton.

Johnny Depp, sur le tournage d'Edward aux mains d'argent, son premier grand rôle au cinéma, que lui a donné Tim Burton (Edward Scissorhands, 1991.
Johnny Depp, sur le tournage d'Edward aux mains d'argent, son premier grand rôle au cinéma, que lui a donné Tim Burton (Edward Scissorhands, 1991. © AFP / Twentieth Century Fox Film Corpo / Collection Christophe L.

C'est l'une des raisons pour lesquelles il m'a plu quand je l'ai rencontré pour faire Edward aux mains d'argent. On le voyait comme un premier rôle au beau physique, mais il voyait les choses autrement. C'est pour ça qu'il voulait faire Edward aux mains d'argent : il comprenait le fait d'être perçu d'une certaine façon et d'être quelqu'un de complètement différent.

– Se rappelle Tim Burton en 2006, dans une interview donnée à Games Radar.

Et Johnny Depp devient la muse de Tim Burton...

Edward aux mains d’argent marqua un véritable tournant dans la carrière des deux hommes. L’arrivée de Johnny Depp dans la cour des grands, et un accueil critique très positif pour Tim Burton. En France les très exigeants Cahiers du cinéma classent le film en 7ème position dans la liste des meilleurs films de 1991.

Par la suite, les collaborations entre l’acteur et le réalisateur se multiplient. Ils jouissent d’une véritable fidélité l’un envers l’autre, âmes sœurs du cinéma, jumeaux cosmiques… ils semblent se reconnaître l’un dans l’autre, dans le gothique et le bizarroïde.

C’est agréable de connaître quelqu’un avec qui on peut avoir une conversation abstraite, quitter la pièce et se dire que tout va bien... avant de réaliser que vous n’avez aucune idée de ce que l’un et l’autre viennent de dire !

– Témoigne Tim Burton, lors d’une interview donnée à MTV, en 2009.

Johnny Depp et Tim Burton, sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999)
Johnny Depp et Tim Burton, sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999) © Getty / Christophe d'Yvoire / Sygma

Tim Burton trouve en Johnny Depp le messager parfait pour transporter à l’écran les histoires qu’il veut raconter et porter son univers et son imaginaire avec justesse et poésie. Quand à Johnny Depp, Tim Burton lui permet de sortir des séries télévisées et des petits rôles de cinéma pour embraser de grands rôles, des rôles principaux, et montrer une toute autre palette de son jeu. Fini le petit minet de la télévision, le beau mec, Depp est un acteur qui a du jeu. Burton lui permet d’exploiter et de révéler au grand jour son jeu sensible, émotif, fin, délicat, mais aussi dramatique et sombre.

  • Ed Wood, en 1994, où Johnny Depp campe le rôle d'Edward D. Wood Jr., un réalisateur de cinéma qui a réellement existé et qui était considéré comme l'un des plus mauvais de tous les temps... 
  • Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête, en 1999, où il renoue avec un registre obscur, gothique, ésotérique et mystérieux.
  • Le film d'animation Les Noces funèbres, de 2005, où il prête sa voix à la marionnette lugubre et sinistre de Victor Van Dort (elle-même inspirée de son physique)
  • En 2005, l'adaptation du roman de Roald Dahl Charlie et la Chocolaterie., dans le rôle du loufoque Willy Wonka.
  • Sweeney Todd, Le Diabolique Barbier de Fleet Street, où il retrouve un registre macabre, glauque et sordide, mais aussi ponctué de comédie noire et de moments de comédie musicale !
  • Alice au pays des merveilles, en 2005, adaptée du roman de Lewis Carroll, où incarne le rôle sombre du Chapelier Fou.
  • Dark Shadows, en 2012, l'adaptation d'une série télévisée américaine, où il joue le rôle de Barnabas Collins, un vampire du 18ème siècle, qui se réveille près de 200 ans plus tard, en plein dans les années 1970. 
Tim Burton et Johnny Depp, sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999)
Tim Burton et Johnny Depp, sur le tournage de "Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête" (1999) © AFP / Paramount Pictures / Mandalay Pictures Collection Christophe L.

De là est née une relation de confiance et une fidélité indéfectible entre eux deux. A tel point qu'en 2010, lors que Tim Burton prépare son adaptation du roman de Lewis Carroll, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, Johnny Depp accepte sans même demander le rôle que son ami souhaite lui confier.

Franchement, quand il m'a appelé, je ne savais pas quel personnage il voulait que je joue. J'aurais tout aussi bien pu jouer Alice : ça m'aurait convenu également. J'étais prêt à faire tout ce qu'il voulait, jouer le personnage qu'il voulait.

– Se rappelle Johnny Depp, à l'occasion d'une interview donnée à MTV, pour la sortie du film.

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