Gatsby
Gatsby © Radio France
Pari tenu donc, GATSBY LE MAGNIFIQUE ne restera pas dans les annales de la cinématographie mondiale. Son réalisateur Baz Luhrmann est semble-t-il fasciné par l'esthétique de Disneyland et l'applique avec un talent de patissier spécialisé dans la meringue et le caramel qui dégouline et colle aux doigts. Où est Fitzgerald dans cette déferlante sans rime ni raison ? Ailleurs, tout simplement dans son livre qu'Hachette vient de ressortir fort opportunément. Le film court sans cesse après le roman en essayant de trouver un rythme trépidant : alors on fait artificiellement appel à de la musique actuelle, comme si celle des années 20 ne se suffisait pas à elle-même. Dérisoire transposition, petite concession à l'air du temps, assurance d"une BO qui se vendra évidemment mieux qu'une compilation des standards de l'époque ! Le tout porté par une caméra frénétique qui ne cesse de confondre vitesse et signification. Sans parler d'une terrible 3D qui ne fait qu'accentuer le vide de l'esthétique ici déployée à grands renforts de dollars. La preuve par l'absure en quelque sorte. Le film est, comme il se doit, hors compétition. On s'en félicite pour le jury... Et sinon, on ne saurait trop vous recommander la lecture du MONDE daté d'aujourd'hui qui, particulièrement culotté, n'hésite pas à mettre en une la photo collective du, je cite, "jeune cinéma français" issu des seules sélections parallèles (Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique et ACID), soit huit hommes et deux femmes : Vincent Macaigne, Justine Triet, Antonin Peretjatko, Frédéric Dubreuil, Sébastien Betbeder, Yann Le Quellec, Laetitia Dosch, Serge Bozon, Yann Gonzalez et... Bernard Menez. Oui, vous avez bien lu et j'ai bien écrit "Bernard Menez", le puissant interprète de "Oh, oh, oh, jolie poupée, tu me fais craquer"...Oui, évidemmment, mais surtout l''acteur-phare de quelques films essentiels pour qui veut comprendre et sentir une belle tendance du cinéma français faussement naturaliste et vraiment sensualiste. ![](http://www.franceinter.fr/sites/default/files/2013/05/15/635188/videos/video-Ct03B8dwSEo.jpg)C'est Pascal Thomas et Jacques Rozier notamment qui seront aux anges. La présence de Menez aux côtés de ces jeunes pousses talentueuses sonne comme une filiation décomplexée, revendiquée et proprement stimulante. Pour qui a toujours mis sur un piédestal MAINE OCEAN et PLEURE PAS LA BOUCHE PLEINE, entre autres, il ne pourra que se réjouir de voir Menez ainsi adoubé. Il est aux côtés du chanteur Christophe et de l'ancien champion Bernard Hinault (si, si...) la vedette du moyen métrage de Yann Le Quellec, LE QUEPA SUR LA VILNI, Prix Jean Vigo 2013. On ne lit jamais assez les communiqués de presse. J'étais ainsi passé à côté de celui donnanrt la programmation d"une sélection parallèle déjà évoquée plus haut, celle de l'ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). J'y découvre notamment la présence d'un nouveau film de la cinéaste Dominque Cabrera, O HEUREUX JOURS. j'aime le cinéma de Dominique Cabrera depuis toujours, depuis DE L'AUTRE COTE DE LA MER notamment. J'aime sa capacité à nous raconter des histoires "folles" (LE LAIT DE LA TENDRESSE HUMAINE, FOLLE EMBELLIE), autant que des histoires "vraies", comme le merveilleux portrait de Didier Motchane en homme amoureux dans DEMAIN ET ENCORE DEMAIN. Son nouveau documentaire ("Une famille banale, ma famille, je l'ai filmée pendant dix ans et c'est le temps que j'ai filmé", écrit-elle en introduction) sera montré à Cannes le vendredi 24 mai à 11h. (au Studio 13) puis 20h (aux Arcades). Que ceux qui sont sur place et me lisent se le disent ! Ainsi va Cannes entre gros gâteau hollywoodien indigeste à force de crème survitaminée et films français au budget dérisoire mais tellement plus apétissants au final.
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.