« Qui regarde ma copie par-dessus mon épaule ? De qui je guette les gribouillis, les AB et les TB en marge, à l’encre rouge ? La question « de qui veut-il être aimé ? » commande à toutes les autres qu’un critique peut se poser à propos d’un personnage en quête de lecteurs et d’avance soumis à ses électeurs. » Je souris en lisant ces lignes signées Régis Debray et extraites de son intelligent « Pense-bête » que publie la revue « Médium » dont je ne saurais trop vous recommander la roborative et stimulante lecture trimestrielle. On s‘y reconnaît forcément dès lors que l’on écrit au quotidien. Oui, forcément, il y a quelqu’un « par-dessus mon épaule » et qui tout récemment encore me raillait fort gentiment mais surtout fort justement sur mon élitisme cinématographique. C’est à cela que sert le lecteur-censeur bienveillant dont parle Debray avec bonheur : signaler le dépassement de la ligne jaune, invisible frontière entre le trop et le suffisant et mettre de la distance là où l’exercice critique risque de virer un peu trop à l’exercice de style ou pire à l’exercice de tir !Je ne crois pas (et je n’espère pas !) franchir ladite ligne aujourd’hui en vous parlant d’un coffret DVD qui vient de paraître. Édité par les Films du Paradoxe, il regroupe trois films de Marie-Claude Treilhou : « En cours de musique », « Les Métamorphoses du chœur » et « Couleurs d’orchestre ». Trois formidables documentaires qui, selon l’expression consacrée, feraient aimer la musique à un sourd ! Le premier s’intéresse à des classes de conservatoire pour le piano et la musique de chambre, le second suit une chorale amateur, le troisième enfin accompagne de très près l’Orchestre de Paris. Trois situations, trois environnements, des néophytes et des professionnels, des instruments et des voix pour trois films qui forment un ensemble très séduisant. Ce qui est ici montré, sous des jours différents, c’est la façon dont la musique et l’harmonie naissent par la seule volonté des musiciens et des chanteurs. Incroyable travail individuel et collectif. Formidable métaphore de nos vies humaines : ces « moments Fraternité » nous font comme par hasard revenir à Régis Debray et à son nouvel objet d’étude. Oui, la fraternité est peut-être le maître mot de ces histoires de chœurs et d’orchestres. Comme un mot dédié à ce travail presque liturgique et religieux qu’est la mise en forme et l’expression d’une musique fut-elle profane. Chacun de ces trois films serait alors un film votif, chacun consacré, au sens propre du terme, à cette patronne laïque qu’est la fraternité. La phrase du jour ? « Camille : Tout ? ma bouche…mes yeux…mon nez…mes oreilles ?Paul : Oui, tout.Camille : Donc tu m’aimes totalement !Paul : Oui. Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement.Camille : Moi aussi Paul. »Extrait du dialogue du « Mépris », écrit par Jean-Luc Godard pour Brigitte Bardot (Camille) et Michel Piccoli (Paul)

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