Ainsi donc, les journaux n’ont cessé de nous le répéter, la fréquentation des cinémas en France et dans le monde augmente chaque jour. Le siècle dernier nous avait déjà apporté son lot de situations comparables durant la crise de 29 ou sous l’Occupation, par exemple. Danser sur un volcan est le sport préféré des spectateurs, semble-t-il ! C’est la crise ? Allons au cinéma ! Chacun d’entre nous a peur d’être frappé dans sa vie professionnelle et quotidienne ? Retrouvons les chemins du spectacle collectif par excellence ! La morosité ambiante nous gagne ? Voyons en couple ou en bande des films qui nous racontent d’autres histoires, d’autres vies, d’autres destins ! Tous ensemble, tous ensemble, dans les salles obscures et devant des écrans où l’on plébiscite le divertissement ! Telle est la banderole que semblent déployer les foules sentimentales et cinéphiles actuelles.Tant pis ? Tant mieux ? Pourquoi ? Pour combien de temps ? Je laisse à d’autres le soin d’analyser le pourquoi et le comment dudit phénomène. Seules les tristes figures pourraient sottement s’amuser à comparer ces cohortes de spectateurs à des troupeaux de lémuriens à lunettes (oui, je sais, ces primates primitifs arboricoles ne vont pas chez Optic 2000, mais j’aime cette image, alors…) et les ensevelir sous leur mépris au motif, par exemple, que faire un triomphe à « L.O.L. » n’est pas forcément une preuve de goût.On leur répondra aisément à ces tristes figures que d’autres films plus intéressants font de bons scores en salles. Et surtout, ce qui compte ici, c’est évidemment, le choix d’un spectacle plus collectif et plus festif que la morne contemplation, par exemple, d’un écran de télévision, fut-il extra-large et extra-plat. Pour regarder la télé, on baisse les yeux, au cinéma, on les lève : cette maxime de Saint-Jean-Luc Godard reprend ici toute sa valeur et sa saveur. Que les foules relèvent la tête, qui s’en plaindra ? Il appartient aux exploitants de salles d’accompagner ce mouvement avec le plus d’intelligence et de sensibilité possible : c’est eux qui détiennent en partie les clés d’une pratique cinéphilique renouvelée fondée certes sur le divertissement, sans baisser pour autant la garde d’une exigence artistique plus forte. La phrase du jour ? « Je sais que les civilisations crouleront, mais pas tout de suite, s’il vous plaît. Laissez-nous être heureux quelques instants. » Ninotchka, alias Greta Garbo, dans « Ninotchka » d’Ernst Lubitsch

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