Concernant le film Poetry , sorti mercredi dernier en salles, de deux choses l’une. Ou bien je me tais, rendu prudent, voire lâche, par l’émouvant concert d’éloges critiques qui depuis le Festival de Cannes ont accompagné le nouveau film du cinéaste coréen Lee Chang-dong. Ou bien, je fais le fanfaron et je dis tout le mal que je pense de ce film qui m’avait déjà profondément agacé et déçu sur la Croisette. Je choisis (évidemment !) la seconde voie, sinon mieux vaudrait fermer boutique et blog. Déjà au commencement était le soupçon. Le titre « Poésie »… Et pourquoi pas « Art » ou « Sensibilité « ou « Emotion » ou « Beauté » ? Que du simple, quoi. Ce pourrait être le titre d’un recueil d’une nouvelle Minou Drouet ! L’horreur poétique. On nous vend donc la « poèsie ». C’est à dire l’indicible. On nous la vend à travers une héroïne fatiguée mais pleine de ressources qui va prendre des cours de poésie, histoire de bien comprendre qu’une pomme peut être autre chose qu’une pomme mais qu'au bout du compte c'est aussi une pomme... (a contrario, soit dit en passant et comme disait Freud, « un cigare peut n’être qu’un cigare » … comprenne qui voudra et refermons la parenthèse désenchantée). Dans Quai des Brumes , quand le peintre joué par Robert Le Vigan déclare qu’il peint les choses qui sont derrière les choses et que derrière chaque nageur il y a un noyé en puissance, cela vous a une autre gueule et surtout cela ne résume pas le film entier ! Ici, les cours de poésier parfaitement grotesques reviennent à un rythme régulier. Poésie , ce film est donc sur la poésie qui servirait à réenchanter le monde (non ? si ! Vous êtes certain ? Mais puisqu’on vous le dit ! Ah bon, etc), c’est écrit dessus comme on le dirait d’un pauvre fromage industriel. C’est toute cette lourdeur didactique que l’on reproche à Lee Chang-dong, cette incroyable façon éléphantesque de vouloir nous faire avaler la première petite gorgée de bière. Potentiellement, son film renferme la quintessence de tout ce que nous aimons depuis des décennies dans le cinéma asiatique, et singulièrement quand il s’intéresse comme c’est le cas ici à la cellule familiale. Mais il ne suffit pas d’une grand-mère attendrissante et d’un petit-fils affligeant pour retrouver ce qui fait la force de films généralement sans concession. Ici, on a le sentiment de l’application d’un programme qui serait comme un « Dogma » asiatique du film de famille avec personnages décalés, petit mystère et grandes interrogations existentielles. Mais que voulez-vous, il s’agit d’un film sur la poésie assurément fait par un poète sur des personnages qui se rêvent de l’être et pour des spectateurs poètes, forcément poètes… On s’en voudrait presque de ne pas aimer ce film-là tant le cinéma asiatique comble régulièrement nos appétits cinéphiles. On se console en se disant que l’excellence finit toujours par engendrer sa propre caricature, comme le reflet grimaçant et désincarné d’ne image parfaite. Dernière et utile précision : Poetry est un film Inter. Et dire que certains se demandent si France Inter est toujours une radio libre ! Ultime information : « On aura tout vu » revient donc à l’antenne pour une nouvelle saison de cinéma. Nous vous donnons désormais rendez-vous le samedi matin à 10 heures. Premiers invités le 4 septembre prochain : Gérard Depardieu parce que c’est lui et Thomas Vinterberg parce que le réalisateur de Festen retrouve enfin la forme avec Submarino.

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