Est-ce qu’il est raisonnable de vouloir tirer des enseignements généraux des 20 films présentés en compétition officielle ? Du genre : mais que nous disent les cinéastes du monde entier sur nous, l’univers, l’humanité ? Une petite voix me dit ne pas m’y risquer. Pourquoi vouloir globaliser des propos artistiques par définition pluriels, disparates, voire antagonistes ? De fait, rien ne transparaît vraiment d’un vision commune ou de thématique proches. On a pu juger la tonalité d’ensemble très violente. Mais est-ce à ce point une nouveauté ? Je suis certain que non. C’est peut-être même une constante depuis une décennie au moins. L’amour, la passion alors ? Oui, ils sont présents chez Campion, Almodovar, Bellochio, Giannoli, et d’autres encore. Mais tellement absents chez Audiard, Mendoza, Tarantino et toujours d’autres encore. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Peut-être pourrait-on trouver chez Almodovar cependant un formidable mot qui pourrait en dire beaucoup sur beaucoup de films : étreinte. Elles sont donc brisées chez l’Espagnol, furieuses et sanglantes dans « Thirst », passionnées chez Campion, balbutiantes chez Giannoli, masculines et corses dans « Un prophète », viriles et footbalistiques chez Loach, frustrées chez Haneke, empêchées chez Resnais, atroces chez Mendoza, mécaniques chez Noé, etc. Oui, peut-être le festival de l’étreinte. Belle thématique, quoi qu’il en soit.Et derrière l’étreinte, quoi ? Le cinéma, sans nul doute. C’est de lui dont il aura sans cesse été question chez tous ces cinéastes ou presque. Derrière chaque histoire originale raconté&e, un discours sur le cinéma. N’en déplaise à celles et ceux qui refusent qu’on leur dise que le cinéma a une histoire, un passé, une archéologie et qu’un film parle toujours de cinéma. Que fait Giannoli avec sa construction d’un bout d’autoroute qui ressemble à un autre chantier : celui d’un film à faire ? Que fait Resnais à 87 ans sinon nfaire al synthèse de ses films précédents dans un soap opera délirant ? Que fait Haneke ?. La même chose avec un passé qui ne passe pas et des films qui n’arrêtent pas d’en parler. Et Almodovar avec son personnage de cinéaste… aveugle ?! Et Tarantino avec sa salle de cinéma lieu de résolution de tous les conflits, de toutes les histoires, de l’Histoire même. Et Johnnie To avec son personnage qui ne doit sa vie sauve qu’aux images qu’il prend du film qui est en train de se tourner forcément. Et Gaspar Noé qui n’en finit pas de réinventer des images hallucinées d’hier venues tout droit d’un cinéma expérimental d’avant-hier ? Et …. Rassurez-vous, ce n’est pas une révélation que cette tendance-là. Juste une confirmation : le plus bel objet du cinéma, c’est le cinéma.Narcissiques les cinéastes ? Pas plus que les romanciers ou les peintres qui eux aussi n’en finissent jamais de s’interroger sur leur art à travers leurs productions artistiques. Et ce qui est formidable, c’est que ces discours sous-jacent sur le cinéma n’affectent jamais les films eux-mêmes. Aucun d’entre eux ne devient un objet théorique froid et désincarné. Aucun d’entre eux n’oublie le spectateur en chemin dans sa quête de lui-même.Et c’est ainsi qu’Audiard est grand.La phrase du jour ?« Les grands poètes, les grands philosophes, les prophètes sont des êtres qui par le pur et libre exercice de la volonté parviennent à un état où ils sont à la fois cause et effet, sujet et objet, magnétiseur et somnambule. »Baudelaire, « Les Paradis artificiels »

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