Pour son tout premier film, l’humoriste et rappeur Jean-Pascal Zadi réunit autour de lui Fary, Fabricé Eboué, Ramzy Bedia, Lilian Thuram, JoeyStarr, Claudia Tagbo, Eric Judor, Ahmed Sylla, Mathieu Kassovitz, Lucien Jean-Baptiste… dans une comédie que les critiques du Masque ont trouvé "fine", "drôle" et "autocritique".

"Tout Simplement Noir" par Jean-Pascal Zadi et John Wax
"Tout Simplement Noir" par Jean-Pascal Zadi et John Wax © AFP / GAUMONT / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un acteur raté, J.P. (Jean-Pascal Zadi), décide d’organiser la première grosse marche de contestation noire en France, pour célébrer l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage. 

À partir du moment où le film avance, on finit par tirer le meilleur profit de ce film.

Pierre Murat l'a trouvé très bien mais déplore l'absence de mise en scène

PM : "Je suis très partagé parce qu'on est dans une émission qui parle de cinéma et c'est tout là le problème car, très franchement, du cinéma, de la mise en scène, il n'y en a absolument pas… Mais ce n'est pas grave parce que ce n'est pas nul, c'est simplement inexistant du point de vue de la mise en scène. Je demande juste qu'un film politique engagé, généreux qu'il soit au moins à peu près cadré. 

Sinon à la fin, malgré cela, la séquence est en effet très réussie ! Notamment lorsqu'on voit le héros se faire alpaguer par des flics pas très gentils et qui est traité avec, en effet de loin, beaucoup de dignité et de pudeur, puis la formidable rencontre avec Omar Sy à la fin, qui est bien, mais sinon tout le reste, ce sont des numéros filmés un peu n'importe comment. 

Cela dit, c'est vrai qu'il y a des moments très drôles, ça devient d'un burlesque presque à la Blake Edwards, ça devient absurde et à partir du moment où ça devient absurde, c'est très bien ! J'aime bien le moment avec Kassovitz qui dit, à un moment, à son assistant qui est en train de préparer un film au troisième degré : "Je vous ai demandé des Noirs, vous m'amenez des Blacks, je vous demandais l'Afrique, vous m'amenez Montreuil"

Et il y a, dans la démarche des deux réalisateurs, une critique du racisme et une autocritique parce qu'il ne se fait pas de cadeau. Ce qui me paraît dommage c'est qu'il n'y ait pas de mise en scène".

Charlotte Lipinska a adoré

CL : "C'est extrêmement drôle ! On a une succession de scènes qui sont plus ou moins réussies et pour la quasi-totalité extrêmement réussies. Mais on enfile un peu les courts métrages et, pour moi, sur la trajectoire, la narration du film, il ne se passe pas grand-chose, ça se répète. 

Néanmoins, je trouve qu'il joue des préjugés, des stéréotypes de manière absolument impolitiquement correcte et ça fait du bien. Ça fait longtemps que je n'avais pas vu un film français qui soit à ce point corrosif, qui mette du poil à gratter. Il arrive à faire jouer ce casting prestigieux où ils jouent tous de leur image. 

C'est vrai que ce personnage de J.P. est un peu Don Quichotte, un peu naïf, maladroit, il part dans le monde des requins du showbiz pour convaincre tout le monde de participer à sa marche parce qu'il le dit "un Noir qui marche, c'est un Noir qui n'est pas assis". 

Je trouve ça vraiment extrêmement drôle et réussi.

Après, c'est vrai, il n'y a pas beaucoup de mise en scène, mais l'enjeu du film n'est clairement pas là".

Jean-Marc Lalanne salue "une mise en scène stratégique" 

J-M L : "La mise en scène, certes on peut la juger pauvre mais, dans le film, elle est référée à cette formidable équipe. Le film n'est pas pauvre sur l'ensemble parce que, pour moi, il fait partie des films qui gagnent la partie en une scène. Tout à coup, lorsque le film arrive au cœur de ce qu'il veut dire, il fait une démonstration de cinéma qui est assez exemplaire : il filme un contrôle de police.

Il fait du cinéma au bon endroit avec une vraie mise en scène qui relève de la pensée.

À l'endroit où il faut qu'il y ait un coup de cinéma, le cinéma prend totalement en charge le discours et le film, à mon avis, devient fort grâce à cela. Que tout le reste soit filmé comme une série de sketchs, comme un faux documentaire, ce n'est pas la question.

Quand il faut que ce soit bien filmé et stratégique afin de marquer un point de cinéma, il le fait, c'est assez exemplaire

Je trouvais que le contexte jouait presque contre le film. Le contexte est tellement tendu et grave au début, que le film parait excessivement frivole et plonge à première vue dans cette autodérision qui fait que le combat du personnage principal était presque déligitimé. Jusqu'à ce moment où, tout à coup, il renverse complètement ce grief qu'on peut lui faire, il prend totalement la mesure de la gravité de la situation et les vingt dernières minutes en font tout le prix".

Pour Nicolas Schaller "c'est un film très drôle et beaucoup plus fin qu'il n'en a l'air" 

J-C R : "Tout ce qui m'a effrayé, au début sur le papier, c'est ce casting très télévisuel compatible, ce procédé du reportage et, finalement, je trouve la finesse d'écriture de Zadi assez incroyable ! 

Il y a vraiment un côté candide, ce personnage un peu nul, mauvais acteur, on s'en rend compte avec la scène de casting qui est hilarante. Il faut saluer la manière dont il renvoie dos à dos le racisme plus ou moins ordinaire, le communautarisme et la victimisation un peu opportune, car il mélange tout cela avec une finesse. 

Le sketch le moins drôle était celui avec Eric Judor. Ce n'est pas la scène la plus inspirée mais la manière dont il revient à la fin avec le retour du père, je trouve cela très fin. 

Ça dit des choses beaucoup plus subtiles que la forme ne peut le laisser paraître.

Le film

► Au cinéma depuis le 8 juillet 

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Tout simplement noir" de Jean-Pascal Zadi et John Wax

Par Jérôme Garcin

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