Cannes le retour. Le TGV de 11h11 est plein à craquer de journalistes, d’attaché(e)s de presse et de … Laurent Cantet que je viens de voir dans la voiture suivante en allant au bar. Je suis un peu triste de ne pas avoir envie de lui sauter au cou pour le féliciter ou de lui faire un petit signe discret de sympathie, mais c’est la dure loi de celui qui n’a pas vraiment aimé. Je jalouse celles et ceux qui participent de bonne foi à l’enthousiasme collectif. Au fait, c’est le 15 octobre prochain que la Palme « Entre les murs » sera dans les salles : à vous de voir ! Lecture des quotidiens du matin. Tous hésitent sur la nature du film de Cantet : docu-fiction ? Documentaire scénarisé ? Fiction du réel ? J’y reviens toujours : quel dommage quand même d’avoir sacré le moins disant-artistique (à mon sens évidemment) dans cette tendance 2008 très cannoise de la réalité au risque du cinéma. Face à des Italiens qui s’attaquent à la maffia, enquête journalistique à l’appui, ou à Andreotti, face à un Israélien qui revient sur les fantômes qui hantent l’armée de son pays, face à un Chinois qui interroge le vécu industriel de ses compatriotes, et tous dans des formes cinématographiques soit totalement innovantes, soit indéniablement originales, que pèse le charmant mais finalement un peu léger « Entre les murs » ?François Bégaudeau super-star à Cannes hier soir pour le palmipède « Entre les murs » ? Curieusement, non. L’adapté-co-scénariste-et-acteur-principal fut totalement absent du petit discours de remerciement de Laurent Cantet (l’émotion évidemment…) et totalement en retrait derrière tous les enfants sur la scène du Palais des festivals (la modestie légendaire forcément…). Ultime petite remarque amusée : dans ses bios qu’on peut lire un peu partout, l’enseignant en disponibilité ne mentionne jamais qu’il fut critique aux « Cahiers du Cinéma » et qu’à ce titre, il consacra une véritable ode à Jean Dujardin (le sens de l’ellipse forcément)Lu dans « Libération », cette toute petite anecdote : Thierry Fremeaux, le délégué général du Festival, aurait eu un peu de mal à assister à la fête du film de Cantet, à cause de vigiles insolents et intraitables. Tant que ce n’est pas parce qu’il a traîné des pieds pour sélectionner le film dans la compétition officielle, tout va bien… !Clint a bien raison de bouder la cérémonie et la palmette que l’on voulait lui remettre : c’est quoi ces prix de consolation inventés de toutes pièces « pour l’ensemble de l’œuvre » ? Et pourquoi pas « à titre posthume de son vivant » pendant qu’on y est ? Le jury du président Penn avait parfaitement le droit de ne pas primer le film d’Eastwood (et je ne suis pas loin de lui donner raison) mais il avait alors le devoir de la cohérence. Bref, on ne repêche pas Monsieur Eastwood, à moins de transformer le jury du Festival de Cannes en conseil des profs du collège Françoise Dolto du XXè arrondissement de Paris…Catherine Deneuve, elle, était bien présente, avec une « réponse » radicalement inverse mais tout aussi intelligente adressée à ce jury pas toujours inspiré : elle est venue de façon ostentatoire avec son réalisateur Arnaud Desplechin et dans ses remerciements n’a parlé que de son film, « Un conte de Noël » (FI), de sa fierté d’en faire partie. Autrement dit : vous me récompensez, alors même que vous passez à côté d’un film dont je vous dis, moi, qu’il me correspond et me satisfait totalement. Bien joué, Mademoiselle !Ouf, Benicio del Toro a eu son Prix pour « Che ». C’est bien le seul que j’avais pronostiqué avec raison ! Et dire que peut-être le film ne sera jamais diffusé tel que nous l’avons vu à Cannes, dans toute sa majesté, dans toute sa beauté. Est-ce « un grand film malade » comme aurait dit François Truffaut ? Même pas, c’est un grand film tout court qu’un studio hollywoodien va se permettre de charcuter pour sa sortie en salles, au moins aux Etats-Unis. Nul doute que la version DVD comprendra le film dans son minutage initial, ce qui constituera un formidable argument de vente à l’égard des cinéphiles-vache-à-lait que nous sommes. Puissance de l’hypocrisie et du commerce « artistique » !Pendant ce temps, le TGV file vers Paris et j’ai déjà le blues de Cannes. Et là, franchement, les Ch’tis, je m’en balance.

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