Né en 1943 dans l’Illinois, Terence Malick a grandi au Texas et dans l’Oklahoma. Il est depuis 1973, l’auteur-réalisateur de cinq films. Ce qui est somme toute assez peu. Mais la quantité ne fait pas tout. Je viens de m’essayer en vain au minimalisme formaliste en hommage à Terrence Malick. Non pas qu’il cultive lui-même ce penchant, mais parce que son cinéma est radicalement celui d’un styliste avec l’inconvénient qui va avec : je fais de belles images mais pour dire quoi ?

Les quarante (40, oui) premières minutes du nouveau film de Malick sobrement (sic) intitulé « The Tree of life » (« L’Arbre de vie ») sont comme une cosmogonie d’ordre général où se mélangent allégrement big band et dino, aurores boréales et terres en feu. Bref, le monde en devenir, notre monde. Nous venons de là. Avec ce qu’il faut de musiques (trop) classiques et de musiques new age planantes forcément planantes. C’est incontestablement beau. Indubitablement long (mais le monde ne s’est pas fait en un jour, n’est-ce pas ?). Incurablement pompier (avec une tendance « Découvertes du Monde » de notre enfance, vous savez les grandes affiches jaunes et rouges…). Involontairement ridicule (les dinos sont trop rigolos). Et irréductiblement abscons. Du moins quant aux enjeux futurs du film. A moins de considérer que Malick ne vienne de créer un nouveau genre cinématographique : l’introduction à tout. De fait, ces fantastiques images de naissance du monde pourraient précéder n’importe quel film un tant soit peu ambitieux (on le déconseille quand même à Guillaume Canet pour cette même raison…). Et même un film intimiste comme c’est le cas ou presque ici, puisque Malick nous conte l’histoire effroyablement banale et convenue d’une famille moyenne américaine des années 50 dans le Texas, avec père autoritaire et borné, mère poule mais soumise et trois frères unis mais espiègles voire frondeurs. Ca ne fait pas un scénario ? Certes, mais avec Malick, cela fait un film de plus de deux heures même puisque, stylisme oblige, des mouvements de caméra d’une incroyable élégance, des ellipses intelligentes, des images superbes, une gestuelle chorégraphiée concourent à faire passer au spectateur un vrai moment de cinématographe où chaque plan vise à la composition. Il en ressort une émotion terriblement maîtrisée, au cordeau, qui fait passer Eastwood pour un démagogue dégoulinant de sentimentalisme… A force de retenue, à force de ne pas lâcher prise, à force de ne jamais perdre vue le spectacle proprement dit, Malick accepte de ne pas nous dire grand chose que nous ne sachions déjà sur les abysses de la vie familiale et les tréfonds du machisme imbécile. Reste alors à accepter le présupposé d’un cinéma qui, au fond, ne prend pas tellement de risque pour s’assurer la victoire dans la catégorie « Beau profond ». Il n’est pas certain que cette métaphysique pour classes Terminale et cette sociologie de la famille réduite au constat ne produise autre chose qu’un cinéma nombriliste et plutôt complaisant. « Regardez comme je regarde bien » semble nous dire Malick à chaque instant. Les mauvais esprits que nous sommes parfois se mettent alors à regarder ailleurs…

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