Comme chaque année, le Centre national de la cinématographie (CNC pour les intimes et les autres !) vient de rendre public son bilan. Bon d’accord, ce n’est pas une lecture rigolote. Mais, à défaut d’amuser, elle instruit. Jugez plutôt :- En 2007, les coûts de production des films français ont cumulé au total à 646 millions d’euros (contre 517 millions en 2003). Jusque-là tout va bien. Mais c’est dans la répartition de cette somme globale que les choses deviennent carrément croquignolettes à certains égards ou plus précisément pour certains veinards… Sur ces 646 millions d’euros, 80 millions ont servi à payer les acteurs. Devinette : à combien s’élevait ce même poste de rémunération des acteurs en 2003 ? 60 millions. Vous avez bien lu : plus 20 millions d’augmentation en 4 ans. Et sur nos 80 millions 2007, combien pour les acteurs principaux ? 52 millions ! Bingo pour les gros. Tous ces chiffres vous donnent le tournis ? A moi aussi. J’arrête là. Ou plutôt, non une dernière comparaison. A mes yeux la plus incompréhensible et la plus scandaleuse. Revenons à nos 646 millions d’euros pour 2007. Dans cette somme, combien pour payer les scénaristes, vous savez le scénario, le truc là qui devrait être solide, retravaillé, approfondi, le machin écrit sans lequel les acteurs n’ont plus rien à faire, ni à dire ? La part réservée aux dépenses d’écriture comme on dit pudiquement au CNC : 19 millions, soit 3% des dépenses totales. Or, chaque film est un prototype. Vous en connaissez beaucoup vous des industries capables de financer un secteur « recherche et développement » digne de ce nom avec 3% du budget total ?Que l’on me comprenne bien. Je ne fais pas la chasse aux acteurs. Je constate que leur rémunération, et singulièrement en France, connaît actuellement des embardées inquiétantes. Jusqu’où les cachets des stars iront-ils ? Faut-il rappeler que pendant ce temps une autre partie de la profession des acteurs se paupérise, ceux qui n’ont pas droit aux gros et même aux moyens cachets ? Est-ce vraiment une fatalité ? Est-il normal de consacrer beaucoup moins d’argent à l’écriture qu’à la promotion des films ? Autrement dit, comment peut-on dépenser des sommes folles pour « vendre » un film que l’on n’a pas forcément bien écrit en amont ? Mystère …La phrase du jour ? « Je suis esclave de quelques nécessités. En tant que réalisateur, par exemple. Je me paye avec mes jobs d’acteur. J’utilise mon propre travail pour subventionner mon travail. En d’autres termes, je suis fou. » Orson Welles, 9 février 1975.

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