Cette semaine, une nouvelle version des Sept Mercenaires est arrivé sur les écrans. Un remake du film du même nom, lui-même remake des Sept Samouraïs. Jusqu'à l'overdose ?

L'équipe du remake des Sept Mercenaires, réunie 56 ans après le précédent film
L'équipe du remake des Sept Mercenaires, réunie 56 ans après le précédent film © Reuters / Mark Blinch

En 1954, Akira Kurosawa sort les Sept Samouraïs, une fresque épique sur des mercenaires embauchés pour protéger un petit village dans le Japon féodal. Six ans plus tard, John Sturges réunit un casting sept étoiles pour transposer l'action dans le Far-West américain : Yul Brynner, Eli Wallach, Charles Bronson, Steve McQueen. Et près de 60 ans après, Hollywood s'empare à nouveau du mythe pour y intégrer ses stars d'aujourd'hui : du jeunot Chris Pratt au vétéran Denzel Washington.

C'est loin d'être une première : le remake a de nouveau le vent en poupe depuis quelques années, parfois avant même que le film d'origine ne devienne un classique. Petit tour d'horizon de remakes marquants ou à oublier de toute urgence.

Le vétéran : "Pépé le Moko"

Difficile de trouver précisément quel est le premier remake de l'histoire du cinéma, mais la pratique remonte en tout cas aux années 30. En 1938, Hollywood adapte "Pépé Le Moko" de Julien Duvivier, sorti l'année précédente en France, et le renomme "Algiers" ("Casbah" en France).

La même année, c'est la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol qui devient "Port of Seven Seas".

Dans l'autre sens : "Les Morfalous"

Les États-Unis ont énormément puisé dans les films français pour réaliser des remakes, mais l'inverse arrive parfois aussi. Illustration en 1984 avec "Les Morfalous" de Henri Verneuil, avec Belmondo, inspiré par "De l'or pour les braves de Brian G.Hutton, sorti en 1970.

En 2004, deux films français sont des remakes de versions américaines : "Double Zéro" (d'après "Drôles d'espions" de John Landis) et "De battre mon cœur s'est arrêté" (inspiré de "Mélodie pour un tueur" sorti en 1978).

Le remake oscarisé : "Les Infiltrés"

En 2002 sort "Infernal Affairs", formidable polar réalisé et basé à Hong-Kong. Il connaîtra un vaste succès en Asie, deux suites, et un succès d'estime en Occident. Suffisamment pour attirer l'attention de Martin Scorsese, qui en réalise un remake en 2006, avec Leonardo DiCaprio, Jack Nicholson et Matt Damon. L'action est transposée dans le milieu de la mafia irlandaise.

La version de Scorsese enthousiasme l'Académie des Oscars, qui lui remet quatre statuettes : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur montage et meilleur scénario adapté. L'original n'a pas eu cette chance : proposé par Hong-Kong comme possible nominé à la 76e cérémonie des Oscars, il n'a finalement pas réussi à franchir cette étape, et n'était donc même pas présent dans la liste finale.

Le remake absolu : "Psycho(se)"

En 1998, Gus Van Sant réalise l'ultime remake, celui de "Psychose", d'Alfred Hitchcock, sorti en 1960. Il prend un parti-pris un peu fou : non seulement refaire le premier film mais de carrément le refaire à l'identique, plan pour plan, en respectant même à la lettre les erreurs commises par Hitchcock à l'époque. Seule différence : la couleur. L'occasion aussi de constater que les bandes-annonces ont bien changé en 38 ans...

L'homme qui faisait lui-même son remake : Alfred Hitchcock

En 1934, le jeune Alfred Hitchcock réalise, en Grande-Bretagne, "L'homme qui en savait trop". En 1956, désormais réalisateur star à Hollywood, il tourne le film une seconde fois. Leslie Banks est remplacé par James Stewart, Edna Best par Doris Day, mais l'intrigue reste sensiblement la même. L'introduction est toutefois déplacée des Alpes suisses à Marrakech, plus exotique.

La même scène dans les deux films, à 22 ans d'écart :

L'horreur japonaise voyage bien

Dans les années 2000, le cinéma d'horreur japonais vit un renouveau suite, notamment, au succès de "Ringu", de Hideo Nakata en 1998. Les États-Unis y voient un énorme vivier de production peu coûteuses à réaliser (puisqu'une partie de l'angoisse est liée à la tension psychologique), et enchaînent les remakes, parfois deux ou trois ans seulement après les sorties japonaises : "Ring" en 2002, "The Grudge" en 2004, "Dark Water" en 2005, "Pulse" en 2006, "One Missed Call" en 2008...

La boucle est bouclée en 2016, avec la sortie de "Rings", remake de remake de l'original "Ringu".

L'horreur américaine, en revanche, reste locale

Gros producteurs de films d'horreur, les réalisateurs américains ont aussi souvent cherché leur inspiration dans les œuvres précédentes. Souvent, il s'agit d'utiliser les moyens modernes pour compenser les limites rencontrées à l'époque par les réalisateurs originaux. C'est le cas pour "La Mouche" de David Cronenberg en 1986 (adapté de "La Mouche noire" de 1958), ou "La Nuit des Morts-Vivants", version 1990, remake du film du même titre de 1968 (à nouveau objet d'un remake en 2006). Mais aussi pour "The Thing" en 1982, de John Carpenter (remake de "La Chose d'un autre monde" de 1951), qui aura droit à une sorte de deuxième remake (relatant des évènements antérieurs au film de 1982), en 2011.

Dans les années 2000 puis 2010, les remakes américains de films d'horreur vont se multiplier, sans changer les titres mais souvent en adaptant l'intrigue. On peut citer "Massacre à la tronçonneuse", "Fog", "La colline a des yeux", "Wolfman", "Piranha" (devenu "Piranha 3D"), "Carrie", "Evil Dead", "Poltergeist"... Des remakes qui n'ont souvent trouvé un public d'initiés, comme les films d'origine à leur sortie.

Le western, indémodable

Le genre vit un retour en grâce, sous l'impulsion notamment de Quentin Tarantino... Ce qui fournit aux producteurs un argument idéal pour réaliser des remakes de ces films d'époque. "Les Sept Mercenaires" cette semaine devrait leur permettre de prendre la température pour adapter d'autres classiques.

On attend aussi avec curiosité la série "Westworld", de HBO, remake d'un film culte mêlant western et science-fiction.

Bonus : remakes et originaux, côte à côte

Jaume R.Lloret a réalisé une vidéo mettant en perspective des scènes tirées d'un film et de son remake. L'occasion de voir à quel point certains sont fidèles à l'original, et comment d'autres s'en détachent totalement.

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