Revu ce soir un peu par hasard « The Barber » des Coen. Trois jours avant la sortie en salles de leur nouveau film, « True grit » un savoureux western auquel nous avons consacré l’émission d’hier. Il faut assurément aller voir ce western très fidèle au roman des années 60 dont il est issu (sans oublier de lire ce dernier qui vient de paraître aux éditions du Serpent à plumes : en ce qui me concerne, c’est la première fois que j’ai… lu un western… il était temps !). Assurément, parce que l’on prend du plaisir à suivre ce récit initiatique au singulier du féminin dans un environnement masculin pluriel par définition. Oui, assurément, mais alors sans revoir « The Barber » dans la foulée, sous peine de trouver un peu fadasse le nouveau plat des frères cuisiniers-cinéastes. On croit toujours se rappeler des films que l’on aime. Mais, c’est faux. J’ai ressenti la même impression tout récemment encore en revoyant « La Femme d’à côté » de Truffaut : on joue le blasé en anticipant la scène suivante et on reste cloué au sol parce que Véronique Silver a eu un regard que l’on avait oublié. Il en est donc allé de même avec « The Barber », pure merveille diamantaire. Insondable plongée dans les tréfonds d’un étre humain dit ordinaire. Et ce qui m’a rapidement frappé, c’est qu’il s’agit d’un « serious man », l’anticipation d’un héros à venir, englué, lui, dans sa communauté religieuse, comme le héros du « Barber » l’est dans sa tête. A eux deux, ils constituent un personnage sinon parfait du moins intégral. Un miroir à deux faces qui m’avait tota lement échappé. Il me faudra d ès lors revoir pour la troisième fois « A serious man » film auquel jusqu’à présent je n’avais pu qu’appliquer la phrase de Maurice Blanchot : « La critique, c’est comme de la neige qui glisse sur une cloche de verre. ». Le second éclaire le premier. Et inversement. C’est ce qu’on appelle une Œuvre, non ? C’est à dire l’addition d’œuvres qui ensemble finissent par faire un tout plus ou moins cohérent mais définitivement composé de morceaux complémentaires les uns des autres. L’abyssale solitude des deux héros de ces deux films. L’incroyable destinée qui pèse sur leurs épaules dès la première de chacun des deux films. Cette façon d’être là et déjà ailleurs. De faire partie d’une communauté humaine sans vraiment y adhérer. Accepter les règles de ladite communauté jusqu’à l’absurde. Comme accepter (jusqu’au point de rupture), d’être le quitté, le benêt, l’innocent-coupable et la victime-responsable. Ce qui est en jeu dans les deux films, c’est une vision totalement pessimiste de l’humanité. Avec en guise de dernier salut une sorte d’élégance suprême qu’apportent entre autres Beethoven ou des ralentis d’un homme perdu dans la foule. Ne secouez pas les personnages inventés par les frères Coen car ils sont pleins de larmes… Mais ne craignez pas de les regarder en face puisqu’aussi bien ils vous aideront à supporter cette vallée de larmes. Comment ? Peut-être à travers une cigarette que l’on fume voluptueusement. Ou juste grâce à l’extrême brio d’une mise en scène qui se revendique comme telle et s’assume comme la meilleure façon de faire passer le temps…

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