« C’est un film très violent, non ? » A deux ou trois reprises en une semaine seulement, on m’a posé cette question-affirmation à propos du film de Jacques Audiard, « Un prophète ». De l’aveu même de mes interlocuteurs, ils s’agissait d’un ressenti provoqué par la bande annonce actuellement diffusée dans les salles de cinéma. Que répondre du tac au tac, sinon que, ayant vu le film dans on intégralité, ce n’est pas ainsi que je le qualifierai… Je suis donc allé regarder la fameuse bande-annonce sur internet.Elle a incontestablement le mérite de la brièveté et du laconisme. En cela, elle tranche avec une tendance très actuelle où voir la bande-annonce revient à voir un résumé du film, ce qui, à mes yeux, n’a aucun sens. Elle en dit peu, elle montre peu et c’est tant mieux ! Donne-t-elle envie ? C’est toute la question puisque c’est par définition sa seule raison d’être. On sait que l’envie est la motivation première du choix d’un film par les spectateurs. Si la bande-annonce ne donne pas envie, c’est qu’elle a raté son cœur de cible. Or, mes interlocuteurs ne m’ont pas explicitement dit qu’ils n’avaient plus ou pas envie de voir « Un prophète ». En revanche, ils ont fait état d’une réserve, d’une interrogation susceptibles manifestement de les détourner du film le moment venu. Et j’ai du mal à leur donner tout à fait tort. Plus précisément, je trouve qu’en effet ladite bande -annonce insiste considérablement sur certains moments de violence pure au détriment de scènes sinon plus « légères » (n’exagérons rien, « Un prophète » ne saurait être vendu comme une petite bluette !), du moins dénuées de sang, de coups et de cris et c’est la majorité. On voit bien quel public vise cette bande-annonce et comment on essaye de l’aguicher (une fois de plus sans excès) avec un climat proche des films consacrés au milieu et à la délinquance. Au fond, tout est affaire de dosage. En termes de violence, « Un prophète » n’a rien à voir avec « Scarface », par exemple. Rien à voir non plus avec l’ascétisme visuel d’ « Un condamné à mort s’est échappé ». Bref, Audiard tente de faire des images « justes » sur un univers et dans un lieu où la violence est présente au quotidien. Faire une bande -annonce « non-violente » serait un mensonge contre le film. L’actuelle bande-annonce ne dit rien de mensonger sur le contenu du film mais elle choisit d’en présenter un aspect particulier. Dommage, vraiment dommage, si ces images « réductrices » parce que sanglantes éloignent du film des spectateurs a priori très bien disposés.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« La voix, mieux que les yeux, dit l’âme de quelqu’un »André de Richaud, « Comparses »

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