Ah qu’il s’annonce vif le débat autour du film de Laurent Cantet « Entre les murs » ! Et c’est tant mieux. Je craignais un consensus mou, mais il semble que la discussion autour de l’éducation a de beaux jours devant elle. Ce fut le cas ce matin au sein de l’équipe de « On aura tout vu ». L’un d’entre nous s’étonna pour finir de cette exception française : dans aucun autre pays au monde, selon lui, on ne serait assez « fou » pour se lancer dans de grandes discussions sur ces questions. J’avoue que cette « folie » me plait. J’ai même la faiblesse de croire que tant qu’elle vivra, il y aura de l’espoir ! L’école, il faut en débattre sans cesse, non ? C’est sain, c’est essentiel. Merci au couple Bégaudeau-Cantet de nous donner une nouvelle occasion de relancer l’échange. Même si, comme moi, on regarde d'un œil étonné ce film qui déclenche des torrents d'enthousiasme alors qu'il fait l'accablant portrait d'un professeur en situation... d'échec scolaire. C'est ainsi que, à Cannes, le président du jury, Sean Penn, a pu déclarer : "Le film a une écriture magique, sa générosqité est magique, tout était magique." Il y a comme du malentendu dans l'air, dirait-on !Et je ne résiste pas au malin plaisir de vous livrer in extenso le courriel que j’ai reçu après l’émission d’aujourd’hui où nous avons beaucoup parlé de « Entre les murs » : « Cher Monsieur,Merci d’avoir dit l’essentiel à propos de ce film qui est une « léchouillerie » (comme on dit en Bourgogne) pour masquer que l’école de la République n’est surtout plus ni républicaine ni vrai loisir pour apprendre à … désirer apprendre. « Tout enseignement qui n’est pas conservateur est un enseignement réactionnaire. » Simone Weill Avec mon franc salut, J.E.V.S, fils de laveuse dans les fermes et agrégé de philosophie. »J’ai évidemment masqué le nom de cet auditeur que je ne connais pas, mais que j'ai remercié de sa réconfortante compréhension. Et puis, je m’engage à reproduire ici même un courriel me disant exactement le contraire. Le débat est à ce prix ! Pour l’heure, je fais mon miel de cette… « léchouillerie » ! Comme j'ai goûté l'article qu'ont signé François-Guillaume Lorrain et Christophe Ono-dit-Biot dans "Le Point" de cette semaine, sous le titre "Le Maître et le néant", consacré bien évidemment au film de Laurent Cantet.Un autre auditeur bénévole me reproche par ailleurs d’avoir dit à l’antenne que le film de Laurent Cantet, « L’Emploi du temps » est un film sur le travail alors que je cite, "il s’agit d’un film sur l’affaire Romand". Objection, auditeur ami ! Je maintiens que le sujet de ce film ô combien talentueux, c’est bien le travail (et son corollaire l’absence de travail, la « vacance » au sens propre du terme) et qu’au fond il se termine quand l’affaire Romand commence. Nul tuerie familiale chez Cantet, mais au contraire un retour au bercail et au travail. Finalement, on ne peut que se réjouir de cette Palme-là qui fait se lever le grand vent tellement salutaire de la « dispute ». Ah ! ça ira !

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