Au dernier festival de Cannes, on ne comptait pas le nombre de spectateurs qui avouaient leur ennui profond à la projection du seul film d'Afrique noire de la compétition, "Un homme qui crie". Quelle injustice! Avec le temps, le propos et la photo du film restent en mémoire, malgré une certaine lenteur, c'est vrai.

un homme qui crie
un homme qui crie © Pyramide Distribution

Le tchadien Mahamat-Saleh Haroun dont le film sort ce mercredi filme un père et son fils. Un homme qui vieillit dont la société ne veut plus. Un pays africain en proie aux combats entre les rebelles et l'armée. Et la vie des civils au milieu de cette tension. Comment survivre sans faiblir ou sans trahir? Avec peu d'argent, le cinéaste réalise une photographie exceptionnelle, presque blanche, irradiée de soleil. La guerre menace mais ne tue pas la sensualité. Le père dévore une pastèque avec sa femme et dans les gros plans de la scène, c'est toute une vie d'amour qu'il raconte et résume. Une chinoise a racheté l'hôtel où Adam, le père, exerçait avec bonheur la profession de maître-nageur. Rentabilité oblige, elle limoge à tout va, d'abord, le cuisinier puis le maître-nageur, remplacé par son propre fils. Comment supporter ce double affront, comment réagir, comment rester digne et debout? Mahamat-Saleh filme des hommes bafoués amenés à faiblir et trahir. "Est ce que tu crois que Dieu existe?" demande Adam. "Je suis croyant et je commence à désespérer de Dieu", répond le cuisinier. Le corps réagit aux offenses. On vomit, on pleure, on se presse aux toilettes tandis que les lézards, insouciants, se prêlassent sur les murs chauffés au soleil. Les hommes croient changer mais c'est le monde qui change. Et c'est cette tragédie que filme magnifiquement et simplement Mahamat-Saleh Haroun, dans "un homme qui crie".

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