Vu (plus précisément revu) à la télévision et totalement par hasard le premier film réalisé par le scénariste Santiago Amigorena, « Quelques jours en septembre » avec Juliette Binoche et John Turturro, entre autres. Je me suis rapidement souvenu m’être senti un peu seul au moment de sa sortie en salles, il y a trois ans. Le film avait reçu un accueil critique des plus tièdes, hélas, et le public, si mes souvenirs sont bons, n’avait pas été au rendez-vous. Pourquoi ? Je l’ignore ou plutôt je pourrais lister un certain nombre de raisons mais à quoi bon vouloir comprendre à tout prix ceux qui n’aiment pas un film quand vous-même vous l’aimez ?! La vie est finalement (!) trop courte pour passer son temps à cela. Or donc, j’aime bien le film d’Amigorena, y compris et peut-être surtout avec ses « défauts », à savoir un dandysme et un maniérisme affirmés. J’y ai vu pêle-mêle de réjouissantes influences littéraires du côté de Borges ou Highsmith, entre autres. J’y ai vu (mais y sont-elles ? Ce n’est pas important !) des citations cinématographiques qui regardent curieusement vers deux autres films « maudits » : « Ecoute voir » d’Hugo Santiago (avec Deneuve dans un rôle prémonitoire par rapport au personnage de Binoche) et « L’ordre et la sécurité du monde » de Claude D’Anna avec Bruno Cremer et Laure Deschanel. La même volonté de faire un faux film d’espionnage politique sans jamais totalement l’abandonner ou le mépriser. La même volonté de jouer avec les codes et les genres. La même volonté de raconter une histoire d’amour improbable. La même volonté enfin d’affirmer que filmer Deneuve ou Binoche ou Deschanel, c’est en soi, un film, une aventure, un thriller, un séïsme. Et puis cette façon de jouer avec le monde (son ordre et sa sécurité donc) d’un côté et des individus de l’autre, c’est plus que réjouissant. Ce film, comme les deux autres auxquels il me fait penser (j’aurais pu ajouter « Les Trois jours du Condor » et d’autres encore), je le vois d’abord comme un immense jeu avec moi, son spectateur. Si je le prends trop au sérieux, il se fichera de moi. Si je prends à la légère, il se rappellera à mon bon souvenir en me faisant assister à une incroyable fusillade nocturne dans un palais vénitien vue de l’extérieur. Il faut le prendre comme il se donne : un jeu, un labyrinthe, un film-rêve, un film-monstre. « Il faut être tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit », a dit Gide. Il me semble qu’Amigorena suit ce programme à la lettre en filmant « raisonnablement » ces histoires de fous furieux et de folle amoureuse.Nous avons chacun une cinémathèque imaginaire composée de chefs d’œuvres indiscutables et partagés par tous ou presque. Et puis, à côté, des films « chuchotés » dont on prononce les titres à voix basse et qu’on aime partager. « Quelques jours en septembre », vous l’aurez compris, fait partie de cette seconde catégorie, plus rare, plus secrète, plus complice.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?- Tom Riley : J’aimerais vous poser une question stupide.- Orlando : Tu ne devrais poser que des questions stupides.Extrait du dialogue final de « Quelques jours en septembre »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.