Jusqu'à présent, Lanzmann s'effaçait devant ses témoins et ses images. Mais, en montrant pour la première fois un témoignage incroyable filmé dans le cadre de Shoah en 1975, il est presque contraint de prendre la parole face caméra en 2013. On voit ainsi le "jeune" Lanzmann questionner à Rome le "dernier des injustes", Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt, seul "doyen des Juifs" à n'avoir pas été tué durant la guerre, et on suit le "vieux" Lanzmann arpenter le Therensienstadt d"aujourd"hui en retrouvant les "décors" des horreurs d'hier.

Cette prise de parole et cette mise en scène du documentariste par lui-même ne sont ni innocentes ni déplacées. Si elles constituent indéniablement une rupture avec les dispositifs de Shoah et des autres documentaires de Lanzmann s'y reportant, elles prennent pour l'homme âgé qu'est désormais le documentariste et pour nous les spectateurs de ses films une dimension émotionnelle des plus fortes. On reviendra ici-même sur l'importance de ce film, mais il convient d'ores et déjà de dire avec force que Cannes s'honore d'accueillir cette œuvre de 3h40.

Deux hommes, en dialoguant sans tabou, éclairent tout simplement l'Histoire de ce "siècle tragédie". Quant aux imbéciles malheureux qui continuent de croire (ou de faire semblant de croire) que Lanzmann n'est pas un cinéaste, on leur conseillera vivement de regarder le dernier plan du film, sublime moment d"humanité entre deux carrures imposantes à la fragilité surprenante. LE DERNIER DES INJUSTES ? Une Palme d'or tout simplement.

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