En cette veille de week-end, que faut-il aller voir au cinéma ? D’abord, il ne faut pas hésiter à faire comme tout le monde, enfin comme beaucoup en allant voir « Gran Torino » de Clint Eastwood qu’à ce jour près de 2,5 millions de spectateurs français ont vu. Et c’est tant mieux !Côté films nouveaux, j’aurais l’outrecuidance de vous conseiller « Inland » de Tariq Teguia. Pourquoi l’outrecuidance ? Parce que ce film algérien dure 2h18 et qu’il raconte l’improbable rencontre entre un homme solitaire et mélancolique et une femme immigrée clandestine. Ensemble, ils s’élancent dans un road movie stupéfiant de beauté et d’intelligence. Oui, décidément outrecuidance en ces temps de films bling bling à l’humour éléphantesque et dont le seul but dans la vie est d’établir des records pour le box office. On avait déjà pu apprécier le talent de Tariq Teguia avec son premier film au titre sublime, « Rome plutôt que vous ». Cette fois, avec « Inland », le propos s’amplifie notablement : on a l’impression, justifiée, d’assister à la naissance d’un cinéaste important, c'est-à-dire d’un homme dont les images font sens. Minéral et solaire, absurde et humain, le propos de Teguia ose les paradoxes et les mises en abyme. On suit ses deux personnages dans un voyage qui est tout à la fois mental et initiatique, véritable et intérieur. Au centre de ce joyau, un pays, une interrogation, une utopie : la liberté. « Inland » ne méprise jamais son spectateur, il le traite au contraire en adulte et lui fait découvrir des merveilles. On en sort un peu plus intelligent, le regard lavé des images laides vues ailleurs, l’esprit en alerte. Un dernier mot pour vous citer les deux protagonistes de ce poème cinématographique : Abdelkader Affak et Ina Rose Djakou. Allez, pardonnez mon outrecuidance une bonne fois pour toutes et n’hésitez pas à choisir « Inland ». Contre vents, coco et marées !La phrase du jour ?« Démons et merveillesVents et maréesAu loin déjà la mer s’est retiréeEt toiComme une algue doucement caressée par le ventDans les sables du lit tu remues en rêvant. »Jacques Prévert

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