Il y a des films qui vous donnent le vertige, tellement ils vous happent et vous séduisent et vous enivrent. Des films à vous faire asseoir si vous aviez l'idée bizarre de les regarder debout ! Et puis d'autres, c'est l'inverse : vous les regardez de haut puis vous vous penchez vers eux et vous découvrez alors d’un air halluciné des gouffres abyssaux de… vide. C'est le vertige moins le bonheur ! C’est l’expérience que j’ai vécue cet après-midi en allant voir le nouveau film de Michael Winterbottom, « Un été italien » avec Colin Firth et Catherine Keener. Winterbottom, c’est ce réalisateur britannique dont je veux me souvenir qu’il a réalisé en 1996 « Jude l’obscur » d’après Thomas Hardy. Il y aurait bien la tentation pour une fois, mais pour une fois seulement, de faire le cœur léger et l'âme en paix « silence radio », certes. Mais non, il faut boire le calice jusqu’à la lie en ces circonstances. Comment alors vous parler de ce nouveau film ? En commençant peut-être par vous en citer le synopsis contenu dans le dossier de presse : « Décidé à changer de vie en quittant les Etats-Unis, Joe choisit de s’installer à Gênes avec ses deux filles, peu après la mort accidentelle de leur mère. Kelly, l’aînée, visite les dessous de ce nouveau monde, alors que Mary voit le fantôme de sa mère errer dans les rues de la vieille ville. » Grâces soient rendues aux producteurs qui ont dit oui à ce projet sous cette forme : ils sont dotés d’une belle imagination et d’une foi inébranlable dans le génie humain pour transformer le plomb en or… Entendons-nous bien, un synopsis n’est qu’un synopsis. Je suis certain que vous donnez celui-là à Almodovar et il vous tire les larmes des yeux, quitte à vous transformer en fontaine jaillissante. Mais dans le cas présent, c’est autre chose !D’abord, il y a ce générique de début avec Gênes vue d’avion (on dirait un film d’Air France des années 60 pris depuis une caravelle) sur lequel Winterbottom reprend la sublime musique que Delerue avait écrite pour « La Nuit américaine ». On a le droit de tout faire, de tout reprendre, de tout citer, à condition que cela fasse sens et là je cherche encore ! Le reste musical du film est à l’avenant, y compris un extrait de « Lemon incest » de Gainsbourg père et fille sur des images… d’un père et de sa fille ! Et puis on n’échappe ni aux ballades à scooter façon Moretti (ce sont les « dessous de ce nouveau monde » du synopsis, si, si !), ni aux vieilles rues de Gênes dont on apprend dans le dossier de presse qu’il s’agit d’un hommage à « Moderato cantabile » de Marguerite Duras qui se déroule en … France. Plus fondamentalement, ce film ne raconte rien, ne montre rien, ne dit rien, sauf une histoire de deuil familial qui devrait nous serrer à la gorge et qui scandaleusement nous ennuie. Tout est d’une telle lourdeur, à l’image de la première scène, avant le générique, où des enfants jouent à l’arrière d’une voiture à se cacher les yeux jusqu’au moment où l’une d’entre elles, par jeu évidemment, « aveugle » sa conductrice de mère et là c’est le drame… que l’on prévoyait depuis de longues minutes déjà…Les hasards du calendrier ont fait que dans la foulée j’ai vu le nouvel « OSS 117 » qui sort la même semaine que « Un été italien ». Mais ça c’est une autre histoire…La phrase du jour ? « Laisse venir, laisse venir, laisse venir l’imprudence. Laisse venir à l’avenir.Devant l’obstacle, tu verras, on se révèle. »Alain Bashung, « L’Imprudence »

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