Après un premier film mitigé, Alex Lutz a surpris et étonné les critiques du "Masque & la Plume" avec "Guy". Il campe Guy Jamet, un chanteur de variété qui a connu le succès dans les années 70. Une justesse de jeu et une vérité qui transcendent le costume et les prothèses : nos critiques ciné ont unanimement adoré !

Alex Lutz, vieilli pour son dernier (et deuxième) film : "Guy", où il interprète Guy Jamet, un chanteur de variété française qui a connu son heure de gloire entre les années 60 et 90.
Alex Lutz, vieilli pour son dernier (et deuxième) film : "Guy", où il interprète Guy Jamet, un chanteur de variété française qui a connu son heure de gloire entre les années 60 et 90. © Copyright Apollo Films

Le résumé du film d'Alex Lutz par Jérôme Garcin  

Bonne surprise de la semaine,et là je parle en mon nom, parce que je ne m'y attendais pas forcément. C'est Guy d’Alex Lutz.

Alex Lutz (alias la Catherine de « Catherine & Liliane » sur Canal) est ici Guy Jamet, un chanteur ringard ayant eu son heure de gloire entre les années 60 jusqu'à 90, et puis aussi un AVC. Il sort un album de reprises, il fait une dernière tournée. Il accepte qu’un jeune documentariste, Gauthier (Tom Dingler) le suive et le filme, sans savoir que c’est en réalité son fils, dont évidemment il ignore l’existence. En chemin, on croise Julien Clerc, Dani, Nicole Calfan en attachée de presse, Marina Hands en chanteuse, Nicole Ferroni, Alessandra Sublet et même Michel Drucker...

Le jeu, les décors, la musique, les séquences comiques, la mélancolie… "Tout est réussi" pour Xavier Leherpeur

XL : Moi j'étais comme toi, je ne m'y attendais pas. J'avais beaucoup d'espoirs même si le précédent film, le premier film d'Alex Lutz, "Le Talent de mes amis, avait été très décevant.

Quand le film a commencé, moi j'y ai vu un mix entre Michel Sardou, Patrick Juvet, Cloclo. Pendant les dix premières minutes je me suis dis : ça ne va pas tenir, c'est un sketch, c'est un postulat... Comment réinventer la figure du chanteur de variété ? Et en fait il le réinvente.

J'ai même revu son film une deuxième fois : son travail très délicat, de direction d'acteur, de mise en scène, de reconstitution des années 70... Il compose un vrai personnage, des tics gestuels... et puis il aime vraiment les comédiens, il ne vole la vedette à personne. Il partage l'écran avec une générosité absolue.

Et puis il se passe toujours quelque chose, un deuxième temps à l'intérieur des séquences comiques, une mélancolie qui arrive, une nostalgie et une délicatesse.

Mais tout est réussi. Même la partition est réussie, c'est à dire que la variété qu'il interprète, elle a ses vraies références dans les années 70, on croit qu'elle existe.

Et ce qui est très beau, c'est que la vraie histoire de ce film là c'est le pouvoir de la variété française. On ne peut pas avoir que des Barbara, que des Juliette Gréco, il y a de temps en temps des chansons qu'on a entendues à la radio et qui nous ont accompagnées et qui nous fendent le cœur en deux. Même si elles sont ridicules, même si elles sont un peu ringardes, elles se sont patinées avec notre âge et je trouve que c'est un hommage à cette variété française.

Danièle Heymann a été très émue par ce film absolument "authentique", "juste" et "délicat"

DH : L'homme de ma vie, mon mari, qui s’appelait Jean Bertola, était chanteur et musicien à cette époque. Et effectivement j'ai connu tout ce que Guy Jamet connaît, c'est à dire le succès et puis le moins succès, et puis le vieillissement. Et tout cela est d'une authenticité, sans jamais de mépris, sans jamais d'ironie.

Et pour moi c'est un film qui est en même temps drôle, qui est quelque fois amer, cruel et nostalgique. Et qui est ringard et superbe. Et il réussit ça.

Il faut donner un bon point au maquilleur parce qu'avec les prothèses... il devait y avoir cinq heures de maquillage. C'est-à-dire qu'effectivement Alex Lutz est totalement vieilli, totalement méconnaissable, mais pas seulement parce qu'il est maquillé. C'est de l'intérieur et il est là avec ses chansons.

Il y en a une qu'il répète souvent dans le film "Je reviendrai peut-être", et il revient et c'est tout le parfum de cette époque-là qui revient, mais avec une justesse et une délicatesse...

Nicolas Schaller a été époustouflé par le pouvoir transformiste d'Alex Lutz

NS : Pour le coup au début j'avais vraiment très peur car on voit les prothèses, il y a quelque chose d'artificiel. Et c'est pour moi tout le génie, à la fois transformiste et vrai de Lutz. Il arrive à créer une vérité sous ces prothèses et à transcender ça par une justesse de jeu. Il faut voir comme il se met la commissure des lèvres, comment il replace sa mèche... Il y a vraiment les désillusions de toute une vie, un peu ratée, qui ressortent.

C'est un acteur qui rencontre un sujet et c'est vraiment ça qui fait la force du film.

C'est un genre qui n'est pas non plus beaucoup traité en France, le "documenteur" : on appelle ça mockumentary en anglais. C'est-à-dire ces faux documentaires sur des personnages fictifs mais qui en même temps essayent de les faire paraître réels.

Et c'est une formidable idée, mais ça permet aussi de justifier parfois un filmage un peu platounet. Mais ce n'est pas grave car le film c'est le personnage et c'est Lutz, et c'est tout ce qu'il arrive à incarner de l'imaginaire collectif que représentent tous ces chanteurs et de la nostalgie.

Pour Jean-Marc Lalanne , Alex Lutz a pris ce film très au sérieux, et c'est un succès !

JML : Je dirais même que la réussite c'est de faire exister deux personnages. Il y a le personnage de Guy Jamet. Effectivement on sait qu'Alex Luzt est très fort, on le sait depuis Catherine (de Catherine et Liliane) en fait, pour effectivement construire un personnage sur un déguisement et en même temps de le nourrir de l'intérieur, qui fait que finalement on ne voit plus le déguisement mais on voit une vraie complexité humaine à l'oeuvre.

Mais outre que Guy Jamet est très réussi, je trouve que le personnage du fils qu'on ne voit jamais, parce qu'il est toujours hors-champs, en même temps existe. Et cette dimension de d’affiliation, d'un fils qui cherche son père est très réussie.

La surprise du film c'est que c'est vraiment à peine une comédie. C'est parfois drôle mais c'est plutôt presque un mélo-drame, en tous cas vraiment un drame familial que Lutz prend absolument au sérieux.

Je pense que le point fort, c'est que ce soit davantage touchant que drôle, parce que même dans la manière dont il pastiche la variété des années 70 et 80, il la pastiche sans la parodier. On sent vraiment qu'il a été un enfant téléphage, qui a adoré ces images et il les régurgite avec une vraie affection. Je trouve surtout le film très émouvant.

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"Guy" d’Alex Lutz : les critiques du Masque et la Plume

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