« UN HOMME QUI CRIE » (en compétition officielle) est le quatrième long métrage du cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun, après « DARATT » son précédent et magnifique film (lequel soit dit en passant n’aparait pas dans la filmographie du cinéaste à l’intérieur du catalogue officiel du Festival… dommage !). Ce nouveau film est moins âpre en apparence et surtout formellement que « DARATT », mais le contenu reste d’une incroyable densité dramaturgique et politique à la fois.

Mahamat-Saleh Haroun; Daratt
Mahamat-Saleh Haroun; Daratt © Radio France

Dans le Tchad actuel où s’affrontent troupes rebelles et gouvernementales, un ancien champion de natation devenu le maître nageur d’un hôtel de luxe de N’Djamena est contraint de participer à l’effort de guerre national. Mais sa seule richesse, c’est son fils… Ce père, Adam, magnifiquement joué par Youssouf Djaoro déjà présent dans « DARATT » porte sur ses épaules le poids d’un pays à la dérive, d’une économie qui se vend aux étrangers (l’hôtel où travaillent Adam et son fils est vendu à des investisseurs chinois…) et d’une guerre qui n’est pas la sienne. Du conflit en cours, on entend des bruits d’hélicoptères ou d’avions récurrents, des bribes d’informations à la radio et l’on ne voit que des corps abîmés à jamais. Mais il est omniprésent, comme une menace permanente qui finira par fondre sur une population impuissante que Dieu a manifestement abandonnée (c’est l’un des amis d’Adaml qui dit cela…). Haroun nous raconte cette histoire avec une incroyable retenue et quelques petits cailloux qui reviennent comme dans une chanson lancinante, comme les interventions d’un chœur qui rappellerait notamment que la vie continue malgré tout : une pastèque que l’on savoure à deux et à lèvres partagées, même après des années de vie commune une voisine sans gêne qui ne cesse de quémander, une passion pour l’eau qui calme, qui apaise et enveloppe les vivants et les morts, un side-car en forme d’ultime outil de liberté même surveillée au gré du couvre-feu, … Tout le film chemine à son rythme vers l’inéluctable, vers ces dernières vingt minutes que l’on se gardera bien de raconter mais où la fable prend définitivement forme, où la tragédie se fige comme il se doit, où tout devient le miroir de la folie des hommes et la victoire du chagrin. Je ne sais pas si « UN HOMME QUI CRIE » est un film « sinistre ». Je ne le crois pas décidément. C’est quoi qu’il en soit la nouvelle œuvre d’un cinéaste qui vise juste et c’est le plus important, non ?

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