C’est donc demain que sra en salles « Un prophète » de Jacques Audiard. La bande annonce est ce qu’elle est (voir un post précédent…), l’affiche est ce qu’elle est (la voir elle-même… et regretter peut-être son côté « abscons » et esthétisant), mais le film décidément brille comme le diamant noir du cinéma français actuel. Audiard refuse qu’on parle d’œuvre à propos de ses films. C’est son droit et c’est de la pure sématique ! Si à nos yeux, son film littéralement « fait œuvre », c’est parce qu’il atteint sinon la perfection (qui n’est pas de ce monde, quoi qu’un coucher de soleil sur l’ile Saint-Louis à Paris…), du moins un état d’achèvement formel et narratif parfaitement impressionnant.Cet « entre les murs » là sidère d’abord par sa maîtrise d’un espace clos durant la quasi totalité du film. Rien d’une vaine prouesse technique et tout d’un saut périlleux au dessus du vide ( ce dernier serait précisément le film-performance-qui-se-déroule-presque-exclusivement-dans-une-prison). Cet itinéraire d’un enfant bouclé se suit déroule sous nos yeux comme la chanson de geste d’un paladin des banlieues. Paria parmi les parias (Beur il se retrouve dans le clan des Corses, le clan ennemi par excellence), le héros du film n’aura de cesse d’aller son chemin, courbant l’échine quand il le faut et finissant par mordre la main qui l’a armé (« Toi aussi mon fils », refrain connu des pères qui érigent la trahison en gouvernance et s’étonnent un beau soir de tomber sous ses coups…). Ainsi va la vie du futur maître d’un petit monde. Pure fiction ? oui, évidemment. C’est-à-dire cette chose étrange, inventée, irréelle qui, quand elle est réussie, s’impose à nous comme un récit qui nous renvoie à nos vies. Le parcours de ce combattant ne saurait nous laisser indifférents, à moins évidemment de se fermer les yeux et de ne pas voir dans cette prison si bien régie par les codes communautaires les plus stricts un petit aperçu de ce qui pourrait nous attendre « hors les murs » un jour ou l’autre si nous laissons filer l’idée que le « vivre ensemble » du groupe disparate (soit une nation, par exemple) devrait l’emporter sur le « vivre entre nous » de la tribu. Certes, pour qu’il y ait un « nous », il faut absolument que « l’autre » existe. Tout revient alors à ce qui fonde l’identité du nous. Ces questions, on peut les oublier en regardant « Un prophète » qui a l’habileté de se présenter d’abord comme un « polar » ou plus exactement un film de prison. Mais on peut également examiner avec intérêt la façon dont Audiard et ses scénaristes les traitent. Ni par-dessus la jambe, ni avec des semelles de plomb. Tiens, après tout, c’est peut-être cela une œuvre : la meilleure façon de marcher et d’avancer dans la connaissance de soi et des autres. Comme on le sait, dans la chanson, il s’agit de mettre un pas devant l’autre. Rien de bien difficile. Sauf quand on est sur la corde raide de nos existences aventureuses. Un prophète, un guide au fait. Décidément tout se tient. Et la suprême liberté, c’est finalement de refuser de suivre le guide en question. Encore faut-il connaître sa route…Ah ! ça ira !« Bon Dieu que c’est froid »Monsieur Grandclerc dégustant une glace

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