Notre principal invité aujourd’hui était le scénariste Gilles Taurand. Il a écrit pour Robert Guédiguian le scénario de « L’Armée du crime » qui sera en salles mercredi prochain, film dont je pense décidément beaucoup de bien. Je l’ai écrit ici-même !C’est rare d’entendre un scénariste. Quoi de plus normal ? C’est quoi un scénario sinon un vulgaire tas de feuilles, de l’écrit au royaume des images, du vieux au pays du neuf ?… Du "has been" à l’état pur. Un truc juste bon à séduire les producteurs et l’Avance sur recettes pour aller chercher de l’argent. Ecrire, raconter, dialoguer, à quoi bon ? Il suffira de voir le prochain film de Gaspard Noé pour comprendre qu’il s’agit de vieilles lunes obsolètes. Place aux images trépidantes qui font sens par elles-mêmes (lequel ? peu importe !).Pas si simple, le vieux n’est pas prêt de mourir. Raconter des histoires reste le fonds de commerce du cinéma (Quentin Tarantino et Jacques Audiard et Christophe Honoré et Jacques Rivette racontent des histoires, leurs histoires…). Alors, pour cela, la plupart du temps, il faut un raconteur d’histoires qui s’appelle précisément un scénariste. C’est son métier à lui. C’est son art. C’est sa petite musique. Celle du cinéaste vient après, comme un autre chant sur le chant premier : deux chants successifs, sans compter celui du montage et de la BO. Abondance de biens et de chants ne nuit pas. Alors pourquoi minorer à ce point la figure, le rôle et la place du scénariste ? Pourquoi Gilles Taurand peut-il encore raconter qu’en 2009 lors de la présentation officielle de « L’Armée du crime », « l’aboyeur » officiel de la mythique montée des marches du Palais des Festivals de Cannes a comme par hasard oublié de l’annoncer, lui le scénariste , le pouilleux, le galeux ? Pourquoi le Prix du Scénario de ce même Festival ressemble-t-il chaque année à un prix de consolation-désolation ? Pourquoi Jacques Audiard lui-même, et par exemple, parle-t-il et cite-t-il si peu son voire ses scénaristes pour « Un prophète » ? Pourquoi tant de relégation en seconde division de l’équipe du film au profit du seul capitaine-cinéaste ? Pourquoi cette négation des écrivains de cinéma ?En écoutant l’intelligence et la clarté des propos de Gilles Taurand sur le film de Guédiguian et sur son métier en général, on se surprenait à poser en boucle ces questions. Tant que le cinéma français marchera ainsi sur la tête, tant qu’il ne donnera pas au scénario et aux scénaristes la place qui leur revient, on fera semblant de croire que le cinéaste est un navigateur en solitaire… Ce mensonge-là est cruel, parce qu’il nous prive la plupart du temps d’entendre la voix des scénaristes. Mais après tout pour écouter Gilles Taurand, il suffit de lui tendre un micro. C’est ce que nous avons fait. Et c’est ce qu’il conviendra de refaire d’une manière générale avec ces travailleurs de l’ombre que sont les scénaristes.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« L’ennui le gagnait en son absence. Et rendait toute chose sans saveur et sans goût. C’était en quelque sorte un bon baromètre. »Jean Gruault

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