Difficile en vérité de décrire un tel lieu : le lac du Salagou, situé au nord-ouest de Montpellier sous les contreforts du Larzac, est d’une singularité absolue et paradoxale. On le croirait présent depuis la nuit des temps préhistoriques, alors qu’il est une « construction » artificielle datant d’une quarantaine d’années ! Un paysage de western languedocien avec une terre incroyablement rouge (la ruffe). On y boit, ô merveille, du Mas des Chimères, un Côteau du Languedoc puissant comme il faut. Et on se rappelle que c’est ici que Robert Enrico tourna en 1986 l’un de ses meilleurs films, « Zone rouge » avec Sabine Azéma et Richard Anconina. Ici et plus précisément à Celles, le seul village réellement au bord du lac. Et pour cause puisque d’ingénieux ingénieurs avaient prévu sa submersion lors de la création du lac lequel décida le jour venu de n’en rien faire. Résultat : Celles est depuis lors l’une des cinq communes dites « mortes », c’est à dire dénuée d’habitants mais pourvue d’une existence légale avec maire, administration correspondante et corps électoral disséminé dans les cantons voisins ! Car, une fois vidé de ses occupants, le village ne les a jamais récupérés, les pillards s’étant empressés, avant la mise en eau, de mettre à sac chaque maison emportant notamment toitures, poutres, fenêtres, portes et volets. D’où un village d’apocalypse. Un Oradour de temps de paix et donc sans martyr, mais un champ de ruines malgré tout. Le visiter aujourd’hui, parcourir ses quelques rues, s’arrêter devant ses squelettes de maisons, tout cela fait froid dans le dos, comme si un autre drame plus intense que cette désertification aussi forcée qu’inutile s’était joué ici.C’est précisément ce qui avait attiré Robert Enrico lequel racontait dans « Zone rouge » donc l’histoire d’un village sacrifié, en l’occurrence brûlé, à la suite d’une catastrophe écologique provoqué par un accident industriel devenu secret d’Etat pour ne pas affoler les populations environnantes. Une fable écolo efficace, à l’américaine, avec le couple Azéma-Anconina en justiciers poursuivis par les méchants industriels. Celles-village et son aspect fantomatique firent parfaitement l’affaire. D’inquiétants hommes en blanc munis de lance-flammes embrasent dans le film les maisons au cours d’une nuit infernale. Cette renaissance cinématographique avait malgré tout des allures de seconde mort pour ce village. Elle resta d’ailleurs unique en son genre, comme si traiter en pur décor de cinéma ce lieu étrange relevait quelque peu du sacrilège. Ici donc, nulle église enfouie au fond du lac dont les cloches sonneraient encore (!). Mais un village qui aurait dû être englouti et qui est comme un cadavre sorti des flots à jamais. A part ça, et fort heureusement, le lac du Salagou est un lieu plus que fascinant. Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Il songea un instant qu’on ne lui posait décidément que des questions à la con mais dont les réponses toutefois lui redonnaient le sourire. »Thierry Sagnier, « Coup de sang »

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