C’est mercredi prochain que sort le nouveau film du brillant cinéaste japonais Kore-eda Hirokazu, « Still Walking ». Il y a cinq ans déjà, j’avais eu du mal (en bien !) à me remettre de la projection de son précédent film, « Nobody knows », l’histoire de quatre enfants abandonnés par leur mère dans un petit appartement de Tokyo. Soit une œuvre bouleversante, un mélo sans la moindre de pathos, une plongée dans l’enfance dont on ne ressortait pas indemne. Avec « Still Walking », Kore-eda s’intéresse de nouveau à la famille sur un mode un peu moins dramatique en apparence mais tout aussi « efficace ». Tout s’articule autour d’un lieu central, une maison, celle des parents, qui se trouve être également l’ancienne clinique tenue par le père de famille avant son départ à la retraite. Incroyable idée scénaristique et scénographique que ce lieu tentaculaire et ambivalent, chargé de présent et de passé, empli de souvenirs mortifères et de vie malgré tout. Une maison où chaque pièce a son occupant principal et quasi unique : la cuisine pour la mère, l’ancien bureau pour le père, la chambre pour le fils, etc. Autant dire une géographie symbolique parfaitement maîtrisée et rigoureusement cinématographique. Dans cette maison vivante, une famille japonaise mais universelle, avec ses fantômes, ses amours interdites et adultères, ses rancœurs et ses rancunes, ses bonheurs fugaces, ses solitudes et ses moments en commun. Le cloaque et l’Eden tout à la fois, dans un mélange paradoxal et inextricable, vertueux et pervers à la fois. Une famille, vous dis-je ! Avec, comme chez Truffaut, notamment, des femmes qui conduisent le monde en faisant des enfants et la cuisine, en assurant la jonction entre hier, aujourd’hui et demain, bien loin de ces hommes enfermés dans la nostalgie, la culpabilité, le ressassement. L’universel, vous dis-je ! Ainsi va le cinéma de Kore-eda : tout près du Japon en apparence, au cœur de l’humanité en profondeur. Un peu de singularité éloigne de l’universel, beaucoup y ramène. Et puis il y a cette capacité à saisir les intermittences des sentiments, à travers des scènes douces et légères, légères et douces à force de gravité. Luis Francisco Espla, le grand torero expert en banderilles virevoltantes et inspirées, a dit un jour qu’avant d’entrer dans l’arène et affronter le fauve, il sentait toujours le poids de son âme... Kore-eda connaît également le poids de l’âme de ses personnages et ce qu’elle contient. Ce qu’ils ont dans l’âme et sur le cœur nous touche au plus profond. Et le film devient alors aussi poignant et capital que le moment où l’on dit précisément ce que l’on a dans l’âme. Autant dire que son cinéma nous est précieux. Définitivement.La phrase du jour ?« Nous faisons notre chance » Gilda, alias Rita Hayworth, dans « Gilda » de Charles Vidor

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