Quel beau coffret ! Bac vidéeo vient de réunir quatre films réalisés par Nanni Moretti : « Le Caïman », « Palombella Rossa », « La Messe est finie » et « Bianca ». J’oublie volontairement le cinquième titre « Caos Calmo » pour deux raisons : ce n’est pas un film réalisé par Moretti et ce n’est pas un film que j’aime (quand l’objectif vient au secours du subjectif, c’est… volcanique !). Mais ces quatre autres films, quel bonheur et quels boheurs en perspective si on prend le temps de les revoir… Pourquoi réunir ces quatre-là et pas d’autres ? La réponse doit être purement technique et donc sans intérêt : les droits étaient libres sans doute,… Peu importe, puisqu’ ils constituent une magnifique synthèse de l’art de Moretti qui sait mêler génialement l’intime et le politique. Ce dernier est partout présent dans « Le Caïman » portrait à charge de Berlusconi et petite merveille d’ironie mordante sur les mœurs publiques italiennes aussi bien que sur le cinéma transalpin. Charge toujours avec « Palombella Rossa » qui file la métaphore politique au beau milieu d’une… piscine et d’un match de water-polo, soit le sport préféré de Moretti. Que serait l’Italie sans la religion catholique ? mais pour Moretti, « la messe est finie » et il le dit en endossant lui-même les habits d’un curé impuissant à répondre aux demandes de ses ouailles. Enfin, avec la vraie-fausse histoire policière de « Bianca », Moretti joue aux côtés d’une actrice essentielle pour son cinéma : Laura Morante, laquelle quelques années plus tard sera la mater dolorosa de « La Chambre du fils ».A ce coffret, il convient d’ajouter une autre actualité qui interviendra un peu plus tard dans l’été le 22 juillet exactement. A partir de cette date, on pourra voir ou revoir les trois premiers et enthousiasmants films de Moretti : « Ecce Bombo », « Sogni d’oro » et « Je suis un autarcique » (j’avoue que j’ai un faible pour ce titre magnifique… !). Tout Moretti est déjà présent dans ces trois films déjantés, d’une liberté totale, joyeusement bavards.Pourquoi Moretti ? Parce que son cinéma totalement égoïste, autarcique donc et autocentré se révèle d’un universalisme à toute épreuve. Quand Moretti parle de lui, il nous parle de nous, c’est aussi simple que cela . Et c’est de l’égoïsme philanthropique, à destination et pour autrui. Moretti sait mieux que personne nous écouter et son cinéma ne cesse de faire écho. Egoïste Moretti ? Non, définitivement à l’écoute. On se sent dans son cinéma comme un poisson dans son eau et la façon dont il se raconte ne vient jamais d’une terre étrangère.Tant mieux alors si cette double actualité fait en partie de cet été un été Moretti. On fait pire, non ? Et puis je ne sais pas vous, mais que rêver de mieux qu’une balade en scooter le nez au vent dans le Trastavere romain, avec en fond sonore « Batonga », à l’image de « Nanni » dans « Journal intime » ? Cela vous a une autre allure que les tunnels du périphérique parisien !Ah ! ça ira !Bertrand Morane : « Réfléchis bien à ce que tu sens ; au fond de toi tu pleures, tu es très malheureuse, mais tout en pleurant tu sens un petit plaisir, ce n’est pas vrai ? »Une petite fille : « Oui, c’est vrai, ça fait un petit plaisir. »Dialogue extrait de « L’Homme qui aimait les femmes » de François Truffaut

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.