Scoop ! Sartre et Godard sont de retour cette semaine , du moins au cinéma et sous l’étonnante bannière d’une jeune cinéaste chinoise qui vit à Londres depuis 2002. Guo Xiaolu, c’est son nom, n’hésite pas à se revendiquer du philosophe existentialiste et du cinéaste suisse pour expliquer le contenu de son nouveau film, Une chinoise , qui a obtenu le Léopard d’Or au récent Festival de Locarno. On aurait tort cependant de n’y voir que des révérences et références obligées : l’allusion à Godard, père, lui, de La Chinoise résonne comme la fin des illusions. On est bien loin de Mao et du Petit livre rouge avec ce portrait de Mei, une jeune femme qui décide de quitter sa campagne natale fascinée qu’elle est par l’attrait de la ville : Chongquing d’abord, Londres ensuite. A bien y regarder, cette Chinoise-là prend le chemin inverse de celle de Godard, en fuyant précisément la Chine. Les temps ont changé ! Refusant à toutes forces le déterminisme local qui l’aurait bien vu se marier fissa avec un ectoplasme tout aussi local, elle est, elle, bien déterminée à … « vivre sa vie » C’est d’ailleurs en référence à ce second titre de Godard que la cinéaste bâtit plutôt son propos. Comme pour contrebalancer ses adieux à la Chine, elle revient à Godard l’ex-Mao via le biais du récit ou plus précisément du découpage et du montage. Elle reprend en effet la construction de Vivre sa vie à travers l’utilisation de cartons qui scandent le film de manière humoristique, décalée et finalement poétique. C’est ainsi que pour annoncer l’épisode où l’héroïne se fait coiffeuse dans un salon où l’on tapine allégrement, on peut lire : « Au salon Love, on ne fait pas que des coupes de cheveux. » Et quand elle s’apprête à rencontrer un nouvel homme dans sa vie londonienne, il nous est ainsi annoncé : « Le fast-food de Richard est juste à côté ». L’ arrivée à Londres ayant été auparavant saluée par un « Leur reine s’appelle Elizabeth » on ne peut plus explicite ! Au total quinze cartons rythment le film de cette manière. Par leur extrême détachement, leur volonté presque chirurgicale de décrire ce qui se passe ou va se passer, ils portent le film vers cet existentialisme sartrien dont la cinéaste aime à se réclamer. De fait « La Nausée » n’est jamais très loin de ce portrait d’une jeune femme pour laquelle on ne saurait parler d’empathie tant son parcours est porté par sa seule nécessité, par son être qui agit et la pousse à agir. C’est dans cette radicalité que le film fonctionne à merveille. Guo Xiaolu plairait à Philippe Colin : elle ne lâche rien ! A l’instar de son héroïne dont on se dit dès le départ, et notamment après son viol, qu’elle pourrait être une figure christique, un Christ aux outrages. Mais un Christ moderne entre sexe et punk-rock. En cela, la cinéaste chinoise pourrait revendiquer une filiation avec le cinéma de Bruno Dumont. Il y a en effet dans sa « Chinoise » un étrange mélange de grâce et de malaise, un va-et-vient permanent entre la vie à tout prix et le chaos malgré tout. Mei n’a pourtant rien d’une sainte. A moins de définir la sainteté comme une quête permanente, sans qu’il soit permis de dire que la félicité ait été atteinte ou même ait constitué le but à atteindre. Cette Jeanne de Chine n’entend en effet que sa propre voix et n’a que faire des archanges…

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