La Nina de fuego
La Nina de fuego © Radio France

Hormis Michel Ciment (de Positif) et Jérôme Garcin (Le nouvel Observateur, France Inter) les critiques de cinéma du Masque n'ont pas aimé le deuxième film de l'Espagnol Carlos Vermut qu'Almodovar qualifie pourtant de "révélation du siècle" !

La présentation par Jérôme Garcin :

La Nina de Fuego de l’Espagnol Carlos Vermut avec Barbara Lennie dans le rôle de Barbara, une belle femme, mais vénéneuse et passablement instable que son mari enferme chez eux par précaution. Parmi les hommes victimes de ses pulsions dangereuses, un ancien voisin qui n’ose pas sortir de prison, de peur de la croiser, et un père célibataire qui va séduire Barbara pour la faire chanter afin d’offrir un très beau cadeau à sa fille de 12 ans atteinte de leucémie.

Ça commence comme une comédie, ça se poursuit comme une tragi-comédie, et ça se termine en thriller. La seule question : mais pourquoi en a-t-il fait un film de plus de deux heures ?

Xavier Leherpeur :

Ça ne m’intéresse pas, c’est du cinéma théorique

J’avais envie de rebaptiser ce film "La Nina de frigo" tellement le film est congelé. C’est la quintessence des films faits depuis le congélateur ouvert.Tout est froid, tout doit y être nécessairement froid. On imagine que le réalisateur déteste ses personnages, qu’il déteste la situation, qu’il les regarde de haut comme des animaux qu’on aurait abandonné dans un petit labyrinthe de laboratoire en pensant : "vous êtes médiocres, vous ne savez que vous mentir, que vous trahir, que vous prostituer…"

Au milieu de celail y a une petite fille malade qui n’a pas plus droit à plus de compassion de la part du metteur en scène. Ça ne m’intéresse pas, c’est du cinéma théorique. Il bouleverse la temporalité avec des récits parallèles, c’est de l’esbrouffe. Il se regarde filmer du début jusqu’à la fin. C’est surgelé à l’extrême. Il n’a pas dû voir son film puisqu’il ose dire dans le dossier de presse : "il faut éviter le recours excessif à l'esthétique artificielle (or c’est totalement le film) en mettant en valeur la beauté qui nous entoure"

Mais je ne vois pas quelle beauté il voit. Moi, je ne peux pas. C’est le cinéma démiurge qui prend de haut le récit, les spectateurs et les personnages. S’il n’a pas envie de nous aimer : qu’il ne fasse pas de film !

Eric de Neuhoff

On ne comprend pas grand-chose, et quand on commence à comprendre, on s’en fiche. C’est très bête en plus

Je n’aime pas beaucoup Almodovar , mais il ne va pas arranger la chose, puisqu’il a dit que ce film était la révélation espagnole de ce siècle, et le réalisateur a dû le croire quand on lit le dossier de presse, c’est hallucinant, c’est rare de voir à ce point quelqu’un se prendre pour un génie avec un talent fou. Or, ce film aurait dû passer en horaire spécial pour les films d’épouvantes.

C’est complètement glacé en effet. On ne comprend pas grand-chose, et quand on commence à comprendre, on s’en fiche. C’est très bête en plus, et ça n’en finit pas. Et puis cette fille qui rend les hommes fous au point qu’ils préfèrent rester en prison plutôt que de retrouver leur liberté, alors que pour le spectateur, c’est l’inverse : il n’a qu’une envie c’est de quitter la salle. C’est très décevant.

Michel Ciment

Il y a une sorte de magie qui opère. C’est un film passionnant, il faut prendre son temps.

C’est le seul vrai très bon film présenté dans cette émission. C’est une révélation. C’est le deuxième film de Carlos Vermut, un réalisateur qui vient de la BD. D’ailleurs le personnage féminin est inspiré d’un manga.

Ce n’est pas un film obscur. Ce qui est formidable c’est qu’il est plein d’ellipses, et de blocs narratifs. Il joue sur la jalousie, la tromperie, et le chantage…

C’est un film froid, comme peuvent être Servante de Lauzet ou Belle de jour de Buñuel. On y pense d’ailleurs, car on ne voit rien, comme dans Eyes wide shut ( Stanley Kubrick), c’est peut-être des orgies qui se passent, mais on n’en voit rien. On voit juste un personnage très étrange, maniéré qui parle espagnol entre la raison et la passion. […] Je trouve ce film étonnant. Le jeu des acteurs est formidable.

Surtout j’aime être intrigué au cinéma. C’est un film pas du tout dans le naturalisme, mais assez réaliste dans le récit. J’ai pensé à l’Argentin Julio Cortazar. Il y a cette sorte de magie qui opère. C’est un film passionnant, il faut prendre son temps. Il dure 2h07, mais je ne me suis pas ennuyé. La fille du feu, c’est son titre, c’est très Nervalien. C’est un film poétique.

Danièle Heymann

Je n’ai pas du tout vu le même film que Michel Ciment, mais je suis très impressionnée parce qu’il a dit.

Je n’ai pas du tout vu le même film que Michel Ciment, mais je suis très impressionnée parce qu’il a dit. Les orgies qu’on ne voit pas j’ai plutôt pensé à 50 nuances de Grey.La seule chose amusante dans le film qui m’a fait rire, c’est qu’on cache l’argent du chantage dans une bibliothèque dans la Constitution espagnole parce que personne ne la lit ! Mais sinonLa Nina de fuego m’a laissée très froide !

Ecoutez l'extrait consacré à La Nina de fuego :

►►► Ecoutez Le Masque et la plume

Regarder la bande annonce

Les autres films :

  • Floride, de Philippe Le Guay
  • La Nina de Fuego, de Carlos Vermut
  • Papa lumière, d'Ada Loueilh
  • Coup de chaud, de Raphaël Jacoulot
  • Tsili, d'Amos Gitaï
  • Oriana Fallaci, de Marco Turco
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