Révélation, c’est peut-être le mot clé du jour, c'est-à-dire du film de Xavier Giannoli présenté en compétition, « A l’origine », avec François Cluzet et Emmanuelle Devos. Et même, révélations au pluriel, pourrait-on dire. Ce n’est pas ce qui manque en effet dans le scénario écrit par Giannoli « d’après l’histoire vraie d’un petit escroc qui a construit une portion d’autoroute ». C’est peut-être la première révélation, cette histoire incroyable et pourtant bien réelle ! On comprend aisément qu’elle ait fasciné le cinéaste.On songe évidemment à l’affaire Romand et surtout au film de Laurent Cantet, « L’Emploi du temps » lequel se concentrait sur le mensonge et la construction, non sur l’histoire criminelle. Le héros de Giannoli construit tout : sa vie, l’autoroute, son passé, son présent, son histoire d’amour. Même cette dernière est l’occasion d’une révélation , comme si le personnage joué par Cluzet tombait amoureux pour la première fois, découvrant réellement les mots, l’intensité, la densité d’un amour qui emporte tout. Révélations encore et toujours : les autres , leur existence, la vie des autres, l’importance que l’on peut jouer pour les autres. Le film de Giannoli porte sur toutes ces révélations-là. C’est en cela que son film est passionnant : l’hstoire d’un personnage ordinaire qui se révélant à lui-même révèle aussi les autres. Il devient plus fort que le réel, plus fort que le chômage, la résignation, les banques, les sceptiques, les tristes figures. Plus fort que tout ceux-là et tout cela. Folie ? Démesure ? Pathologie ? Oui, sans doute mais pour Giannoli l’essentiel n’est pas là. Et à juste titre. L’essentiel, c’est l’itinéraire individuel puis collectif de cet homme d’abord fragile. Giannoli ne le lâche pas d’un pouce, il le suit, le poursuit, le lâchant au milieu des camions de chantiers, énormes machines en mouvement. Naît alors un magnifique tempo qui fait vivre le spectateur au plus près de ce personnage. La scène clé du beau film précédent de Giannoli, « Quand j’étais chanteur » montrait un Depardieu au petit matin expliquant à Cécile de France que « chaque fois tout le monde pense que je vais crever et hop, ça repart ». Pour Philippe Miller, alias François Cluzel aussi, « ça repart » avec ce chantier de l’impossible que Giannoli filme avec un plaisir évident et un talent sans limite..Et puis, il y a dans ce film un hommage souterrain qui me touche particulièrement. Un hommage au cinéma de Sautet et singulièrement à « Mado ». On y retrouve les mêmes univers : un chantier qui s’embourbe littéralement, le ballet des voitures (ici les camions) noyées sous la pluie battante, un escroc sympathique (Denner chez Sautet ), les « petits » contre les « gros », des hommes qui s’agitent en tous sens parfois comme des grands enfants dérisoires et des femmes solides, fortes qui devinent tout avant tout le monde, gardiennes de la vie malgré tout. Et même le nom d'un personnage en commun : Barachet, un affairiste véreux chez Sautet, un petit banquier local chez Giannoli. Il va sans dire que cette généalogie cinématographique est sous mon clavier plus qu’un compliment. Enfin, comme « Mado », « A l’origine » est un opéra noir, cruel, sombre, mais traversé par un élan vital.En son centre rayonne François Cluzet dans son plus grand et dans son plus beau rôle à ce jour. Tour à tour chien couché dans une gare, escroc minable, flambeur flamboyant, amoureux transi et roi du monde en haut de sa tour de chantier. Tour à tour gris, terne, solaire, ardent et abattu, et puis souriant et confiant, avec à la main le drapeau de la victoire au vent des moulins à prendre encore et toujours. Un acteur-roi qu’il faudrait donc couronner dimanche…Et le film sera en salles le 14 octobre prochain.La phrase du jour ?« Etre frappé, saisi, touché par la révélation. »Nerval, « Filles de feu »

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