S’arrêter. Faire une pause dans les images, les films, les histoires tumultueuses ou non. Peut-être à l’occasion d’un courrier via Internet qui vous dit que « vous avez de la chance de gagner votre vie en étant critique de cinéma ». Assurément oui, une plus belle vie et un plus beau métier que bien d’autres autour de soi. Assurément oui. Alors quoi ? C’est juste un peu lourd parfois. Pas si l’on ne regarde que « Lucky Luke « et autres niaiseries. Mais, oui, avec « Irène » d’ « Alain Cavalier, « Le Ruban blanc » de Haneke, « A l’origine » de Giannoli et d’autres, tant d’autres. Ceux-là, ils vous tendent des miroirs à l’infini et n’en finissent pas de vous montrer ce que vous ne voyez pas de votre vie. C’est ce à quoi sert le cinéma nous disait récemment Alain Cavalier : nous faire voir un geste, un mouvement, une situation ou nous faire entendre une parole et nous faire toucher du doigt en quoi elle nous est proche, familière et même semblable. En quoi le cinéma nous aide à vivre. En quoi, contrairement à la « doxa », il peut être autre chose qu’un pur divertissement anodin, un petit jeu sans conséquence. Tant de légéreté d’un côté, tant de gravité, de l’autre. Le cinéma, ou l’art assumé des contraires. Comme la littérature, me direz-vous. Oui, sans l’ombre d’un doute. Le grand écart en permanence, entre Alain Cavalier et Franck Dubosc. Il faut de tout pour faire un cinémonde. Peut-être. Mais, un extrait de Cavalier suffit à me faire pleurer. La différence est là, non ? C’est plutôt bon signe, non, qu’il y ait ainsi des différences ? C’est pour cette raison que la vie de critique de cinéma, ça tangue parfois. Quand il faut se remettre d’émotions si fortes pour quitter Irène et Alain, et puis Cluzet chez Giannoli et puis les enfants terribles d’Haneke et leurs regards qui font peur. C’est juste un peu d’émotion(s). C’est juste l’idée que ces destins ressemblent à nos vies, de près ou de loin. C’est juste le sentiment que le cinéma ce peut-être le reflet de nos âmes. Trois fois rien, une petite aide pour vivre, pour mieux voir l’autre et les autres, pour rire aussi et sourire et exercer sa sollicitude. Le cinéma, quoi. Comme une toute jeune fille de douze ans qui découvre avec « Gran Torino » la vaste palette de nos contradictions et de nos paradoxes humains, tellement humains. Et le critique de cinéma dans tout ça ? Il mesure sa chance, fait avec face aux films qui le bouleversent et fait avec ceux qui l’indiffèrent.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« A l’ombre bleue du figuier passent passent les étés. »

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