Le célèbre studio hollywoodien Universal fête ses cent ans.L'occasion pour la Cinémathèque Française de proposer une rétrospective, et pour nous de nous pencher sur ce fabuleux patrimoine en interrogeant notamment quelques grands passionnés de cinéma.

Christine Masson et Laurent Delmas présentent chaque samedi On Aura Tout Vu sur France Inter. Dire que ces deux là aiment le cinéma est encore en dessous de la vérité. Passer une grande partie de ces journées dans une salle obscure à avaler des kilomètres de pellicules parfois (souvent ?) indigestes, ce n'est plus de l'amour, c'est de la rage !Mais que représente Universal dans leur parcours de cinéphile ?

Avant de devenir une multinationale tentaculaire, Universal fut le plus petit des grands studios et est aujourd'hui l'un des tout derniers encore en activité (avec Paramount).

Carl Laemmle, le visionnaire

Universal
Universal © MAXPPP /

Carl Laemmle est né en Allemagne en 1867. A 17 ans il persuade son père que son avenir est aux Etats unis. Il achète un billet, prend le bateau et comme des millions de gens avant et après lui débarque à New York avec quelques dollars en poche. Il enchaîne alors les petits boulot avant de s'installer à Oshkosh, dans le Wisconsin. C'est lors d'un voyage à Chicago en 1906 qu'il découvre le "nickelodeon". C'était un lieu de divertissement, généralement un cinéma, très répandu et fort populaire au début du XXè siècle aux Etats Unis, où il suffisait de débourser un nickel (soit cinq cents) pour entrer.C'est donc devant un nickelodeon, à Chicago, que Laemmle eut le déclic. En faisant le rapport entre le prix du loyer et le nombre de gens qui entraient, il s'est vite rendu compte qu'il pourrait rapidement faire fortune.En quelques années, Carl Laemmle devient l'un des plus gros propriétaires de nickelodeons.Très vite, il s'intéresse à la production. En 1909 il crée The Independant Moving Pictures Company. Puis, il s'associe avec cinq autres producteurs pour créer Universal en 1912.Carl Laemmle était un homme de spectacle. Il avait compris que tout ne se passait pas que sur l'écran et que le public était aussi interessé par ce qui se passait à côté et était fasciné par cette industrie naissante. Il a inventé le star system, il a créé les premiers grands studios et a été le premier à organiser la visite de ses studios.Universal était une entreprise familiale. Dans les années 1920, 80 personnes de sa famille travaillaient pour le studio. En 1929, c'est logiquement son fils, Carl Laemmle Jr, âgé de 21 ans, qui est nommé responsable de la production.

Carl Laemmle meurt en 1939 à l'âge 72 ans.

Le logo d'Universal

Au fil des années, le logo a évolué. Mais dès l'origine, le globe était là.

Le premier logo animé date de 1930

Parmi les 100 films projetés à la Cinémathèque Française, difficile de faire un choix. Et pourtant....

Le choix de Laurent Delmas

Frenzy
Frenzy © Swashbuckler Films /

Frenzy de Alfred Hitchcock1971D’après Goodbye Piccadilly, Farewell Leicester Square de Arthur La BernAvec Jon Finch, Barry Foster, Alec McCowen, Barbara Leigh-Hunt.

Londres. Richard Blaney, un ancien pilote devenu barman, se fait renvoyer après avoir été accusé de vol. Il se rapproche de son ex-femme qui tient une agence matrimoniale à succès. Mais le lendemain, elle est retrouvée morte, assassinée par le meurtrier à la cravate qui terrorise la ville. Tout accable Blaney, qui clame son innocence.Projection : dimanche 06 janvier à 21h45 et dimanche 27 janvier à 21h00

Pour la petite histoire : Alfred Hitchcock ne nous avait pas habitués à nous donner l'identité du tueur dès les premiers instants de ses films. C'est pourtant ce qui se passe dans Frenzy lors de la première demi-heure.Par ailleurs, pour la première fois de sa carrière, Hitchcock fut censuré. Une séquence de viol et d'étranglement où l'on aperçoit la poitrine de l'actrice Barbara Leigh-Hunt dut être coupée au montage.Enfin, après de nombreuses collaborations avec le compositeur Bernard Herrman, Alfred Hitchcock décida de confier la composition de la bande originale de Frenzy à Henry Mancini (à qui l'on doit le thème de "La Panthère Rose"). Lorsque Mancini fit écouter au réalisateur des extraits de sa musique, celui-ci s'écria « Si j'avais voulu Bernard Herrmann, je l'aurais engagé ! ». Mancini fut donc exclu du projet, et c'est finalement Ron Goodwin, compositeur de la musique de "Quand les aigles attaquent" qui fut retenu. On peut tout de même retrouver le thème originalement prévu sur une compilation des musiques de film de Mancini.

Le choix de Christine Masson

Les dents de la mer
Les dents de la mer © radio-france /

Les Dents de la mer (Jaws) de Steven Spielberg1974Avec Richard Dreyfuss, Roy Scheider, Robert Shaw.Les habitants d’une petite station balnéaire découvrent le corps mutilé d’une jeune vacancière. Pour le chef de la police, la jeune fille a été victime d’un requin.Projections : dimanche 16 décembre à 14h30 et samedi 19 janvier à 21h00

Pour la petite histoire: Steven dut batailler ferme avec le producteur, Richard D. Zanuck, pour imposer ses acteurs. Pour le rôle de Martin Brody, Zanuck aurait aimé Charlton Heston et Paul Newman mais Steven Spielberg souhaitait Roy Scheider, alors peu connu du grand public. En choisissant des acteurs dont la popularité restait à faire comme Richard Dreyfuss, le réalisateur voulait que le spectateur ne soit pas en mesure de prévoir qui allait survivre au requin.Dans la scène où Richard Dreyfuss se retrouve dans la cage, il est doublé par un nain pour donner la sensation que le requin qui attaque les barreaux est encore plus imposant.Les Dents de la mer remporta trois Oscars en 1976 : ceux du meilleur montage, de la meilleure musique et du meilleur son.Il y a deux ans, Richard Dreyfuss a repris son rôle de biologiste marin. C'était devant la caméra d'Alexandra Aja pour "Piranha 3D". Une manière pour le réalisateur de rendre hommage au film-culte de Steven Spielberg, qui inspira d'ailleurs le "Piranhas" de Joe Dante en 1978.Et enfin, le chien de Martin Brody, alias Roy Scheider à l'écran, était le véritable chien de Steven Spielberg !Auteur, historien et cinéphile, Laurent Chollet vient de commettre une série documentaire "Cinéphile de notre temps" et un livre "Le cinéma de ma jeunesse"

Le choix de Laurent Chollet

l'étrange créature
l'étrange créature © Radio France /

L’Étrange créature du lac noir (Creature From The Black Lagoon ) de Jack Arnold1954Avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning.Carl Maia, chef d’expédition, découvre en Amazonie un squelette de main fossilisé. Il en informe David Reed, un ichtyologiste, qui parvient à convaincre son supérieur de l’importance d’organiser une deuxième expédition. Tous embarquent en compagnie de Kay Lawrence, scientifique elle-même et compagne de David, et vont faire connaissance avec une étrange créature.Projections : vendredi 28 décembre à 17h00 et dimanche 27 janvier à 19h00

Pour la petite histoire La créature a été interprétée par deux comédiens. En effet, Ben Chapman jouait toutes les scènes se déroulant sur la terre ferme tandis que Ricou Browning le doublait sous l'eau. Ce nageur olympique devait retenir son souffle plusieurs minutes car il n'y avait pas de réservoir à oxygène dans le costume. Mais ni l'un, ni l'autre n'ont été crédités au générique pour faire croire à l'existence d'un vrai monstre.Le reste du casting était composé d'acteurs spécialistes de séries B. Des doublures ont été engagées pour chaque acteur afin de pouvoir tourner simultanément les scènes sous l'eau en Floride et celles hors de l'eau en Californie.Dans une scène, la créature et le personnage interprété par Julie Adams improvisent un ballet sous l'eau dans lequel, par moments, la comédienne est montrée du point de vue du "monstre". Steven Spielberg s'inspirera de la mise en scène de Jack Arnold et de son accompagnement musical pour l'ouverture des Dents de la mer.Un chercheur de l'Université de Cambridge a découvert, dans une carrière à proximité d'Édimbourg, le fossile d'un animal amphibie et a décidé de l'appeler Eucritta melanolimnetes (littéralement : "la créature du lac noir").

Enfin, dans le film "Sept ans de réflexion" de Billy Wilder, juste avant la célèbre séquence de la bouche d'aération du métro, Tom Ewell et Marilyn Monroe sortent d'une salle de cinéma où ils viennent de voir "L’Étrange créature du lac noir."

Mots-clés :

Derniers articles

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.