Ah, ces Français! A peine sortis du Johnnie To, ils ouvrent un festival de quolibets : "Non, mais tu as vu ce navet? Et Johnny Hallyday, aussi expressif qu'une huître!" Injuste analyse pour un film qui n'est pas dupe de ce qu'il est : un clin d'oeil au cinéma d'autrefois. Une variation amusée sur le film de genre, le film noir, avec salut à la maîtrise d'un Melville et à l'expression minimaliste d'un Delon chapeauté. Johnny, imper sombre et chapeau, l'allure du samouraï, est un chef français venu au chevet de sa fille. Elle est la seule survivante d'un massacre. Son mari et leurs deux enfants ont été tués par balles, par un gang. Johnny va la venger en engageant des tueurs. Il y a le gros, le taiseux, le beau gosse. Ils vont traquer les criminels. Johnny To invente une lumière magnifique, la caméra caresse les visages, ce qui contraste avec la violence des faits. La lune autorise ou pas les coups de feu selon qu'elle est cachée par les nuages ou pas. Une scène inoubliable: la bande à Johnny face à la bande des tueurs, telle deux rangées de soldats rivaux qui tirent en faisant rouler devant eux des ballots de papiers, boucliers dérisoires. Le cinéaste chinois né à Hong-Kong use de ralentis sans lasser. Johnny perd la mémoire et finit ses jours tel un saint laic sur une plage entouré d'une femme belle et d'enfants. On rit souvent (une réplique de Hallyday à son rival restera culte : "Is this your jacket?"), mais on ne se moque pas. C'est un Johnnie To joueur qui signe "Vengeance", mais un Johnnie To aussi plus inspiré et profond qu'il n'y paraît.

Johnny
Johnny © Radio France
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