À quoi ressemble la journée d'un festivalier ? À un tourbillon d'informations et de sensations. Difficile de finir une conversation que, déjà, il faut courir à une projection, récupérer une invitation, ou assurer un rendez-vous. De la compétition officielle aux sélections parallèles, en passant par les rencontres informelles, le festivalier, même si c'est un homme, fait au moins deux choses à la fois et vit plus d'une journée en vingt-quatre heures.

Pour un producteur qui veut vendre ses films, c'est un rendez-vous toutes les demi-heures dans un appartement loué sur le front de mer, entre le Majestic et le Grand Hôtel. Pour un acheteur étranger, c'est pareil, avec en plus les projections de films, desquelles ils n'hésitent pas à s'extraire dès les premières minutes si le film ne lui convient pas. Il ne l'achètera pas de toute façon. Mieux, il préfère aller renégocier un film acheté la veille, pour moins cher, en faisant pression sur le producteur. Ou bien il attend avant de se décider sur un film, attendre que les prix baissent par exemple.

Pour un cinéphile, c'est la course aux impressions. Qui a vu quoi, qui peut en dire quelque chose ?

Hier par exemple, était une journée pleine d'enthousiasme.

La loi du marché, Les cowboys et Vice Versa pour égayer une journée

Enthousiasme pour La loi du marché et l'interprétation de Vincent Lindon . Un film touchant sur la pauvreté, marqué par le brio de Vincent Lindon. L'acteur a été salué pour sa performance dans le film : réussir le coup de force de ne pas s'imposer face à des non-comédiens, tout en portant le film de la manière la plus sensible.

Enthousiasme aussi pour Les Cowboys de Thomas Bidegain avec François Damiens. Dans les années 1990, une jeune fille de 16 ans, Kelly, disparaît sans prévenir avec son amoureux, Ahmed. Ses parents découvrent alors qu'elle a appris l'arabe en cachette, et qu'elle a suivi ce garçon dans des conditions troubles, de gré ou de force. Son père passera sa vie à la chercher. La famille en sera profondément détruite. Kelly a été absorbée par une autre culture, une autre religion. On ne saura jamais si elle a choisi ce voyage, si elle a voulu changer d'avis ou pas.

Le festivalier est un glaneur

S'il ne peut pas voir tous les films, le festivalier, qu'il soit cinéphile, journaliste, producteur, attaché de presse, directeur de festival, essaie de savoir, malgré tout, ce qui se dit.

Ainsi, hier, a -t-il mesuré à quel point les avis sont partagés autour du film de Maïwenn ? Les festivaliers français font la moue. Vincent Cassel est charmant certes, mais le scénario n'a pas convaincu tout le monde. Mon roi , histoire entre un homme et une femme, lui instable, elle en phase de "retour à la vie", laisse certains perplexes. Qu'on se le dise, la critique française sous-estime Maïwenn, c'est le magazine américain Variety qui le dit, et encense Maïwenn :

Maiwenn remains under-appreciated by the critical community, but that will change after the world experiences “Mon roi,” a movie that may sound anti-romantic, but is just the opposite: boldly ultra-romantic, of the sort that has turned French pics (like “Jules and Jim” or “A Man and a Woman”) into worldwide hits before.Variety

En écoutant les conversations, le festivalier s'est souvenu que Louis Garrel a présenté son premier film en tant que réalisateur, Deux amis . Il l'avait noté sur son agenda, "aller voir le Garrel - semaine de la critique "mais faute de temps, il a dû zapper. Le producteur qu'il croise par hasard, lui confie qu'il est heureux de défendre ce film dans un genre "frais et drôle". Louis Garrel a écrit avec Christophe Honoré, un scénario inspiré des Caprices de Marianne.

Le coup de fil d'Alexandre Desplat__

Dans la file d'attente pour monter les marches du Palais à 22h00 , il patiente pour voir le film de Joachim Trier, Louder than bombs , avecIsabelle Huppert. Le téléphone sonne dans le sac à main d'une voisine de file d'attente. A lexandre Desplat , récemment oscarisé, s’inquiète et interroge la dame. Il n'a pas vu le film de Matteo Garrone terminé, il veut savoir ce que ça donne une fois monté, avec sa musique. Ses amis le rassurent. Ä minuit, le cinéphile ressort de la projection de Louder than bombs , déçu.

À vendre : Le petit prince et Les Visiteurs 3

En passant sur les quais, il croise Costa Gavras dont le film Z était montré dans la sélection Cannes Classics . Le réalisateur est ensuite salué sur le pavillon d'Unifrance, la société qui défend les mérites du cinéma français à l'étranger.

L'occasion de prendre la température du marché. 2015 n'a pas l'air d'être un grand cru. Toutefois, il est certain que Le Petit Prince se vend divinement bien, et qu' à Cannes, en ce moment, les acheteurs sont venus pour s'offrir LesVisisteurs 3 qui sortira en France en juin 2016.

Épuisé, le festivalier, finit par rentrer à son hôtel, il a fait un saut à la fête de la Semaine de la Critique, s'il est un vrai professionnel. Mais il sait que la fête où il fallait être c'était celle du film Vice Versa . Une vraie réussite que ce film. Le festivalier épuisé n'a pas eu le temps de le voir, et se rend compte que ce[ film hors compétition aurait mérité d'y être, en lisant Le Nouvel Obs ]( A moins que Pixar lui même ait refusé la sélection, de peur que son audience supposée stigmatise le film en caricature auteuriste… dans l’histoire récente de Cannes, des producteurs américains ont déjà établi ce calcul navrant.).

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