Décidément le cinéma français semble avoir de vrais problèmes avec la représentation à l’écran du corps professoral ! Hier, « Entre les murs » nous en donnait la représentation libérale-libertaire tendance « Le bonheur avant tout, pour la transmission des connaissances, revenez un autre jour », avec comme figure de proue François Bégaudeau, le prof en échec scolaire. Aujourd’hui (plus exactement demain, le 25 mars prochain) c’est au tour du film de Jean-Paul Lilienfeld, « La Journée de la jupe » d’apporter son impayable contribution à l’édifice. Dans le rôle principal, Isabelle Adjani campe une professeur de Français en collège qui, gros flingue au poing, prend littéralement ses élèves en otage pour leur faire un cours sur Molière et accessoirement exiger la création d’une « Journée de la jupe », c’est à dire une journée où les filles pourraient venir assister aux cours en jupe et non en pantalon comme d’habitude, sans pour autant se faire traiter de tous les noms par leurs petits camarades mâles. Tel est le pitch d’un film qui, idéologiquement, se situe ou croit se situer dans le camp adverse de celui de Cantet. Ici en effet la figure professorale ne renonce pas à Molière, comme Bégaudeau renonçait lui ouvertement à Voltaire… Certes, mais pourquoi porter ce discours à travers un propos aussi caricatural : une enseignante qui pour arriver à ses fins pédagogiques menace, terrorise, harangue, bref se transforme en petit despote pas très éclairé ? Quant à ce qui fait le titre du film et ne saurait donc être considéré comme anecdotique (la revendication d’une Journée nationale de la jupe dans les établissements scolaires du second cycle), on atteint le ridicule et on souhaite avec la dernière des énergies que la proposition ne tombe pas sous les yeux d’un ministre de l’Education en mal de gadgets médiatiques affligeants.Elles sont curieuses quand même ces figures professorales totalement caricaturées. L’une tire à vue ou presque sur ses élèves, l’autre passe son temps à slamer avec eux. Aucun des deux ne fait son travail. Tous les deux sont en situation d’échec grave. Il s’agit me direz-vous de fables destinées à éveiller les consciences. Rien n’est moins sûr, car à force de rendre exotique une salle de classe (« Amazing, amazing, amazing film » s’écria le Président Penn en remettant sa Palme à Laurent Cantet…), d’y faire s’y dérouler un peu n’importe quoi au motif de la fiction pure ou documentaire, on fait passer ces fantasmes pour la réalité, creusant un peu plus le fossé entre le pays et son système éducatif. Il est manifeste que le thème de l’école taraude le cinéma français. Alors quoi ? rien de bien sur le sujet ? Mais si ce film existe, il s’appelle « L’Esquive » d’Abdelatif Kechiche, il ne tombe jamais dans la caricature, invente une histoire criante de vérité et parle de la transmission du savoir, de la culture et des connaissances sans jamais rien céder aux sirènes d’une modernité prompte à tout ringardiser. On peut le voir ou le revoir en DVD, et c’est tant mieux !La phrase du jour ? « A mon avis, il n’y a pas de grands ou de petits sujets, parce que plus le sujet est petit, plus on peut le traiter avec grandeur. En vérité, il n’y a que la vérité. » Claude Chabrol

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