Deux hirondelles, l'une napolitaine, l'autre palermitaine, ne font peut-être pas le printemps italien. Mais assurément notre bonheur de spectateur. Après L'INTERVALLO de Leonardo di Costanzo, sorti récemment dans les salles (vous ne l'avez pas vu ? Courez-y !), SALVO de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (présenté à la Semaine de la Critique) suscite le même intérêt et la même excitation. En voici le résumé :

Salvo
Salvo © Radio France

"Salvio, un tueur de la maffia sicilienne épargne une jeune fille aveugle dont il vient d'assassiner le frère en sa présence...."

Raconter la suite, ou plutôt la décrire, n'aurait pas de sens. Il faut laisser chacun découvrir cette fable noire où tout est possible.

Le rapprochement avec L'INTERVALLO n'est pas uniquement géographique. Au fond, les deux adolescents napolitains de ce film pourraient devenir les deux adultes que l'on découvre dans SALVO. Peu importe la vraisemblance d'une telle évolution et là n'est pas l'essentiel. Ce qu'ont en commun les deux films, c'est avant tout une formidable capacité à créer un univers autonome, presque clos et terriblement efficace. Sans l'ombre d'une facilité. Sans l'esbroufe d'un Sorrentino. Sans le sentimentalisme niais de nombre de productions italiennes actuelles. Mais a contrario avec une sorte de portée documentaire et sociologique qui n'ermpêche jamais le conte de se dérouler et d'aller jusqu'au bout. Si SALVO emporte à ce point et notre enthousiasme et notre admiration, c'est qu'il passe sont temps à "dégraisser le mammouth", c'est à dire à éviter les pièges contenus en germe dans l’histoire qu'il raconte. Pour mener à bien cette entreprise délicate, les deux réalisateurs utilisent la durée avec un un véritable bonheur et une efficacité redoutable. On en veut pour preuve cette scène presque initiale où Salvo pénètre dans le domicile de celle dont il va tuer le frère et qui, sans le voir, devine progressivement sa présence forcément hostile puisque muette. En multipliant les plans où Salvo apparait en arrière-plan comme une menace qui rôde sur fond incongru de chansonnette italienne (de "roucoule", dirait Depardieu dans QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR), les cinéastes génèrent un sentiment d'oppression d'une rare intensité.

Si l'on ne souhaite pas dévoiler ici l'un des enjeux de la rencontre entre Salvo et Rita, c'est parce qu'il nous semble participer d'une façon singulière de briser précisément un cadre trop convenu du type, pour aller vite, la belle et la bête, la faible et le fort, etc. La tragédie qui se joue ici refuse sans cesse la grandiloquence et sous ses airs de faux polar maffieux nous conduit tout au bord d'un précipice. Le film aurait pu s'appeler "Ce qu'aura vu Rita", il aurait ainsi donné d'entrée de jeu son programme initiatique. Ce que nous voyons, nous spectateurs, de ce destin, c'est une éclosion douloureuse. Et c'est d'abord un premier film pour lequel on ne regrette pas d'avoir fait les 1000 kilomètres ferroviaires qui séparent Cannes de Paris... Rien de mesquin dans ce rappel prosaïque : SALVO se mérite, un point c'est tout. Puisse-t-il surtout, comme L'INTERVALLO donc, sonner la renaissance italienne d'un cinéma post-morettien qui faisait tant défaut jusqu'à présent. Prenant à bras le corps et l'appétit pour le réalisme et la nécessité de la fable et les mérites de la rigueur esthétique, messieurs Grassadonia et Piazza, dont il convient assurément de retenir les noms, ouvrent la voix, balisent le chemin. On ne sait quand SALVO sortira sur les écrans français. Le plus vite serait le mieux. Pour que chaque cinéphile puisse apprécier à sa juste mesure ce bel enfant issu d'un cinéma qu'on voudrait voir revivre enfin, cette belle promesse aux sombres allures d'un cinéma qu'on a tant aimé et qui nous manque absolument. Vite pouvoir dire "Habemus Cinéma" sans que le génial Nanni ne soit l'unique cardinal d'un conclave réduit à rien par les années Berlusconi.

Deuxième jour de Cannes avec SALVO au programme : on se fiche de la pluie ambiante alors.

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