Hier un très grand Eastwood crépusculaire, demain mercredi un nouveau Gus van Sant, "Harvey Milk" avec un Sean Penn récemment oscarisé et de fait éblouissant dans le rôle-titre : le cinéma américain nous apporte de belles et bonnes nouvelles en ce moment. Au premier abord, les admirateurs de « Elephant », « Last Days » et « Paranoïd Park », dont je fais partie, et pour n’évoquer que les œuvres les plus récentes de Van Sant, risquent d’être désarçonnés par ce de film à l’allure narrative classique d’un « biopic » certes sulfureux mais construit avec de sages flash-backs. On y suit en effet le fabuleux et tragique destin du premier élu homosexuel américain : grâce à lui, la communauté gay a pu « sortir du placard » selon l’expression consacrée. Grâce à lui, plus rien ne sera comme avant et la « fierté » sexuelle passera aussi par la politique et les élections. Avec son slogan à chaque fois répété sur les estrades et les tribunes de la campagne (« Je m’appelle Harvey Milk et je suis venu pour vous recruter »), le candidat transporte les foules et nous avec ! Sur le papier, on pouvait craindre de voir Gus van Sant rentrer dans le rang formel, faire du politiquement correct et payer sa dîme à l’Eglise moderne et laïque du cinéma politique et militant. Mais, avec lui, rien n’est simple. Certes, on peut regretter l’effacement de l'audace stylistique des films précédents déjà cités, en se remémorant par exemple les formidables arabesques des skaters de « Paranoïd Park ». Comme on peut déplorer le recours, même partiel, à la musique conventionnelle de Danny Elfman, en ayant la nostalgie de celle de « Last Days ». Toutefois, on retrouve l’essentiel de Gus van Sant si l’on veut bien se donner la peine de considérer « Harvey Milk » comme la description d’une prise de pouvoir. C’est une fraction d’une génération quasi adolescente, chère au cinéaste par conséquent, qui fait ici et son outing et sa révolution démocratique. Cette thématique de l’adolescence, il convient de la relier à d’autres films de van Sant. De ce point de vue, on lira avec beaucoup de profit l’ouvrage que Stéphane Bouquet et Jean-Marc Lalanne viennent de consacrer au cinéaste (« Gus van Sant » aux éditions des Cahiers du Cinéma, 204 pages, 205 photos, 35 € !). « Harvey Milk » est par conséquent une nouvelle pierre à l’édifice que le cinéaste consacre à ce moment si particulier qu’est l’adolescence : on y perd en général sa virginité et un peu de ses illusions, on y gagne en maturité et en efficacité. C’est du donnant-donnant et les purs dénués de pouvoir d’hier deviennent les impurs d’aujourd’hui qui mettent les mains dans le cambouis de la transformation sociale.La phrase du jour ? « Un compositeur est quelqu’un qui pense, non quelqu’un qui joue » Alexandre Desplata

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