« Quel horrible métier la politique ». Cette phrase aussi définitive qu’insignifiante au sens premier du terme, on la doit à Isabelle Adjani cette semaine. Pour être complet, il convient d’ajouter à cette première citation la phrase qui suit immédiatement : « Ca ne m’empêche pas de dire, en tant que Française, que certaines choses ne sont pas acceptables. » À vrai dire, j’ai du mal à faire le lien entre les deux phrases, mais peu importe ! Le plus comique dans l’affaire, c’est qu’Isabelle Adjani vient de tourner dans le film politique le plus calamiteux (« La Journée de la jupe », pour mémoire) qui soit, tant il est réducteur, caricatural et indigent. Son entêtement à le défendre par l’absurde me fait immédiatement penser à ce proverbe breton que je vous livre : « Chaque souillon trouve son mauvais ragoût bon ». C’est donc à coup de flingue pointé sur eux que l’héroïne-prof entend faire apprendre à ses élèves une chose essentielle dans le domaine littéraire : Molière s’appelait en réalité Poquelin. C'est grotesque et dérisoire. Et c'est finalement insultant pour les professeurs. D’un côté Bégaudeau l’impudent qui fait le malin en slamant, de l’autre Adjani l’inconsciente qui fait le coup de poing en hurlant. Match nul, la balle n’est même pas au centre, elle est ailleurs, perdue pour le cinéma notamment. Non, la politique est plutôt un métier noble. Tout dépend ensuite des individus qui l’exercent. C’est comme le cinéma qui peut être tout et n’importe quoi et qui dépend etc.… Hier, on avait droit à Sophie Marceau qui avouait avoir voté à l’aveugle, pour se réjouir ensuite d’avoir choisi le candidat finalement élu. Aujourd’hui, dans le camp d’en face pour parler clair, Adjani vaticine sur la politique, tout en voulant défendre un personnage impossible à considérer sérieusement. Deux actrices, deux phrases idiotes, on va finir par se lasser. Et surtout par regretter le temps où Adjani incarnait à la perfection la folie d’Adèle H . sans prétendre donner des leçons de littérature sur Victor Hugo ou de médecine à propos de la névrose obsessionnelle. Il est vrai qu’à l'époque elle avait à ses côtés François Truffaut.Allez, mieux vaut tourner nos regards ailleurs. Vers les 2 millions de spectateurs que « Gran Torino » de Clint Eastwood a rassemblé pour l'heure. Vers le beau regard et la superbe voix de Farid Chopel, l’acteur-phare du film « Un si beau voyage » de Khaled Ghorbal qu’il faut se dépêcher d’aller voir dans les salles. Vers le nouveau film du Chinois Jia Zhang Ke, « 24 City », soit, entre fiction et documentaire, un regard implacable sur un pays qui n’arrête pas de se transformer coûte que coûte en laissant sur le bord de la route des individus dépassés par une œuvre collective entièrement dévouée au capitalisme débridé. De quoi nous réconcilier avec le cinéma, mais ça tombe bien, parce que fâché, on ne l’était même pas ! La phrase du soir ? « Tout à l’heure t’as crié que tu m’aimais… t’as même failli me le dire ! » Miou-Miou à Gérard Lanvin dans « Est-ce bien raisonnable ? » écrit par Michel Audiard.

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