Le Forum des Images à Paris propose désormais des rendez-vous avec les films en réalité virtuelle, comme pour le cinéma. L’avenir dira si la réalité virtuelle, la VR donc, puis les réalités augmentées et mixtes sont faites pour être partagées dans des lieux publics.

Désormais à Paris le Forum des Images propose des films en VR toutes les semaines
Désormais à Paris le Forum des Images propose des films en VR toutes les semaines © NN

Il n’est désormais pas rare de voir derrière une vitrine, des hommes ou femmes munis de casques de réalité virtuelle remuer la tête. Ce ne sont pas des mannequins de boutique, ce sont des spectateurs d’un cinéma en train de s’inventer. Pas de pop corn ni de fauteuils en velours pour agrémenter le confort d’une séance. Quelques productions de fiction ou documentaires commencent à émerger et à convaincre. Voici  une sélection d'expérience à découvrir ou redécouvrir. 

Les Ménines de Diego Velasquez 

C'est la dernière production des Poissons Volants. Un jeu d'invention pour le réalisateur Carlos Franklin. Avec les possiblités de la VR on se promène comme jamais dans cette pièce, au milieu des personnages.  Le réalisateur s'amuse à imaginer ce que le peintre au premier plan est en train de peindre,  sur cette toile qui tourne le dos au spectateur.

The Enemy 

C'est un projet journalistique et une coproduction internationale. France Télévisions, l’ONF canadien et le MIT, ont combiné leurs efforts pour permettre aux spectateurs de se mouvoir auprès de combattants impliqués dans des conflits, en Israel, au Salvador et au Congo. Le dispositif s’adapte au comportement du spectateur, et à ses réactions émotionnelles au fil du parcours. 

The Enemy est à la fois une installation en VR et une application en réalité augmentée
The Enemy est à la fois une installation en VR et une application en réalité augmentée / Camera Lucida/ France Télévisions/ ONF

Arden’s Wake 

Voilà une histoire et des images extrêmement poétiques. Les décors de la plateforme flottante où se tient le début de l’histoire tiennent de la magie. Une jeune fille et son père, vivant au milieu des océans sur cet habitat de fortune sont amenés à découvrir le monde monstrueux qui grouille sous leurs pieds.

Arden's Wake
Arden's Wake / Penrose Studio

Extravaganza 

Enfin une bonne comédie satirique dans le monde la VR. A l’intérieur d’un théâtre de marionnettes, les  petits personnages colorés miment les méfaits de l’humanité se civilisant, à savoir extermination de peuples par des colonisateurs aux Etats-Unis ou ailleurs. Les marionnettes se vengeront-elles de leurs créateurs ? Le parti-pris de cette production est de mettre le spectateur là où il ne peut aller, c’est-à-dire à l’intérieur de la machine. Il est en position d’introspection du dispositif plutôt qu’en position d’exploration de mondes inaccessibles physiquement. Comme le dit le comique qui joue dans Extravaganza, Paul Scheer, un jour les machines nous dépasseront, mieux vaut donc s’attirer leurs bonnes grâces.

Alice, Virtual Reality Play

Alice, Virtual Reality Play, est une adaptation de l’œuvre de Lewis Caroll par Marie Jourdren et Mathias Chelebourg. A la Mostra de Venise, elle a rallié à sa cause les cinéphiles. La réalité virtuelle est en train de démontrer qu’elle peut sortir de l’effet « Waouh ! » de dispositifs à sensations. 

Les samedis de la VR comme le mercredi au cinéma

Au Forum des images à Paris, en entendant la troisième édition du Paris Virtual Film Festival, on fait le pari d’une diffusion régulière de projets en VR avec des nouveautés chaque semaine. Ainsi lors des Samedis de la VR, des sélections de films courts sont proposées au public. Histoire de sortir ce domaine du circuit des rencontres professionnelles et compétitions officielles ou pas. Il existe d’autres lieux de visionnage dans Paris, mais c’est encore assez confidentiel. Le grand public ne connait que très peu de choses du monde de l’immersion narrative. Par ailleurs le Forum s’est engagé dans une politique de coproduction de documentaires en VR sur les hauts lieux de Paris, avec Arte et TV5 Monde.

Trois questions à Michael Swierczynski, directeur du développement numérique du Forum des images

Pourquoi le Forum des images est-il devenu co-producteur de films VR sur les lieux parisiens comme le Musée d’Orsay ou l’opéra Garnier ? 

Michael Swierczynski : Le Forum, à l’origine, était un lieu de mémoire visuelle de la ville de Paris. Nous renouons avec cette tradition en utilisant cette nouvelle technologie qu’est la VR. Cela permet de montrer les sites prestigieux de la ville la plus visitée du monde d’une autre manière. 

On peut voir depuis les toits de l’Eglise Saint-Eustache, capter des moments de répétitions à l’Opéra, les coulisses de l’Opéra et même son lac intérieur. Ces images et ces films vont pouvoir circuler comme on fait circuler des expositions de tableaux. De plus ces films, constituent peu à peu un catalogue. Les centres culturels, comme le Musée national d’art de Singapour prochainement, commencent à s'en emparer et des événements se créent à travers le monde pour les montrer. 

Grâce à nos partenaires TV5 monde et Arte, nous bénéficions aussi d’une diffusion linéaire. Les œuvres sont diffusées, sur des players 360 sans casques, sur des plateformes telles que Facebook et Youtube. Ce sont là des canaux de diffusion démocratiques et accessibles à tous, même si on n’a pas la même impression d’immersion totale. C’est pour que le public profite de cette immersion que nous mettons au point les samedis de la VR avec une programmation qui change régulièrement, comme au cinéma. 

Comment sortir la VR de son ghetto de professionnels ? 

Michael Swierczynski : Pour les samedis de la VR avec nos partenaires Diversion et Vroom nous proposons justement des expériences divertissantes comme Spiderman, à côté de documentaires plus pointus ou engagés. Et surtout nous avons fait exprès d’installer tout cela en vitrine, pour que les milliers de visiteurs du Forum des halles voient le lieu de projection des films et leurs spectateurs. Nous avons mis sur les écrans de nos vitrines les images des films en cours de projection. Je rêve de pouvoir un jour installer un robot ou un hologramme dans les couloirs du centre commercial pour inciter le public à entrer. 

Ces samedis de la VR nous amèneront naturellement au Paris Virtual Film Festival, que je veux étendre géographiquement. Sortir du forum, investir la canopée du centre commercial et le quartier Saint-Eustache et celui de la Fondation Pinault. 

Pour l’instant le monde du cinéma n’a pas su s’emparer pleinement de la VR, comment l’expliquer ? 

Michael Swierczynski : Effectivement c’est le monde du divertissement qui s’est emparé de la VR en premier. Pour le cinéma c’est plus complexe, on attend de voir ce que les grands cinéastes vont pouvoir faire de cette technologie. L’expérience d’Inarritu, malgré sa puissance, reste une expérience solitaire. On va voir ce que les studios de Spielberg ou de Ridley Scott peuvent apporter, en matière de narration et de diffusion. Pour l’instant, en faisant le tour du monde des festivals, je constate que les studios français sont les plus inventifs et convaincants en terme de storytelling. Pour le marketing et la distribution ce sont les Américains qui savent faire.  

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