Wes Craven en 2006 à Pasadena, en Californie
Wes Craven en 2006 à Pasadena, en Californie © Reuters

Le réalisateur culte des "Griffes de la Nuit" et de "Scream" est mort dimanche à 76 ans, d'un cancer du cerveau. Virtuose du film d'horreur, il avait par deux fois réinjecté du sang neuf dans un genre alors moribond.

De Wes Craven, les cinéphiles retiendront surtout deux personnages devenus des icônes du genre : Freddy Krueger , terrifiant croque-mitaine hantant littéralement les rêves, et le tueur anonyme de Scream , incarnation masquée des pulsions meurtrières adolescentes. Deux cauchemars imaginés par un metteur en scène brillant et qui ont marqué la culture des années 80 et 90.

Dès ses débuts en 1972, Wes Craven avait tapé très fort, avec "La Dernière Maison sur la gauche", quelques années avant "La Colline a des Yeux". Deux films particulièrement brutaux et éreintants, restés pendant longtemps connus uniquement des amateurs éclairés. C'est en 1984 qu'il rencontre la consécration avec "Les Griffes de la Nuit" (on doit le titre français à Claude Chabrol), où un tueur d'enfants brûlé vif revient assassiner les enfants adolescents de ses bourreaux jusque dans leurs cauchemars. Freddy Krueger est né et reviendra régulièrement dans les salles obscures (neuf fois au total). On y aperçoit même un (tout jeune) Johnny Depp, donc la mort brutale dévoré par son propre lit a fait hurler plus d'un spectateur.

Suivront 12 années de films moins mémorables, dont un très médiocre "Vampire de Brooklyn" incarné par Eddie Murphy. Puis, en 1996, Wes Craven décide de totalement déconstruire le "slasher" (ce type de films où un tueur invincible poursuit des victimes terrifiées) et parvient carrément à le révolutionner. C'est Scream, film instantanément culte où le réalisateur nous montre comment une génération de nouvelles victimes adolescentes nourries au biberon de ses propres films et des autres références du genre parvient à (plus ou moins) survivre à un tueur masqué qui use et abuse lui-même des références sanglantes au genre. L'identité du tueur importe peu : le masque, inspiré du célèbre tableau "Le Cri" d'Edvard Munch, est la seule identité dont il a besoin.

Scream aura trois suites assez inégales , dont aucune n'atteindra le mélange parfait de terreur et de second degré du premier volet. C'est d'ailleurs le quatrième épisode qui sera l'ultime film du réalisateur. Il s'y inquiétait de manière toute aussi habile de cette toute nouvelle génération d'adolescents devenue presque insensible à l'horreur.

Très apprécié dans le petit monde d'Hollywood, Wes Craven n'hésitait pas non plus à rire de son image de "maître de l'horreur", comme dans le film "Jay & Silent Bob Strike Back" de Kevin Smith, où il se moquait des suites de Scream.

Wes Craven avait passé une large partie de sa filmographie à rendre hommage aux plus grands créateurs de frissons, d'Alfred Hitchcock à John Carpenter, tout en développant sa propre griffe. Cette nuit, l'hommage est pour lui.

Réaction de John Carpenter sur Twitter : "Dévasté par la nouvelle. Wes était un grand ami, un excellent réalisateur et un homme bon. Énorme perte. Bien trop tôt."

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