C'est le tout premier film américain de Jacques Audiard ; c'est aussi le tout premier western français… "Les Frères Sisters" a littéralement enchanté la presse, et si au "Masque & la Plume" tout le monde est subjugué par la beauté des paysages, il y a débat quant à la mise en scène et à la force du récit...

Scène des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard, avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhaal (sortie le 19 septembre 2018)
Scène des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard, avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhaal (sortie le 19 septembre 2018) © Shanna Besson

Le résumé du film de Jacques Audiard par Jérôme Garcin

Le film de Jacques Audiard a reçu le Lion d’argent de la mise en scène à Venise

Soient deux frères qui pratiquent avec le même zèle le même métier de tueurs à gages. Il y a Charlie (Joaquin Phoenix), le plus violent des deux, qui a d’ailleurs zigouillé leur père. Et Eli (John C. Reilly), plus rond, plus gourmand, moins alcoolo, mais avec autant de sang sur les mains. Ils sont payés par l’invisible Commodore (on ne verra son visage qu’à la fin) pour tuer, en Californie, un chimiste après lui avoir volé la formule magique, mais brûlante, qui permet de trouver l’or dans l’eau des rivières. Lequel chimiste (Riz Ahmed) s’est acoquiné avec un détective, joué par Jake Gylenhaal

Bref, c’est une cavalcade western qui se déroule dans des paysages magnifiques, avec ce qu’il faut de scènes à sensation : une patronne de bordel explosée, un cheval qu’un ours a défiguré, une amputation en temps réel, et surtout une ode itinérante à la fraternité

Pour Jean-Marc Lalanne, on ne comprend pas où veut aller le film...

JML : Le film me rend très perplexe, je le trouve inabouti : les enjeux du récit sont flottants, la densité dramatique est faible... et je n’arrive pas à comprendre où veut aller le film.

Le film suppose que le parricide est une forme d’émancipation pour les personnages mais, finalement, le film substitue au patriarcat violent une forme de matriarcat régressif… 

Plastiquement, c’est surtout le chef opérateur qui a beaucoup de mérite car effectivement les paysages sont magnifiques.

Mais la mise en scène n’est pas très forte et le film est assez peu convainquant

Jake Gyllenhaal, sur le tournage des "Frères Sisters" le western du frnaçais Jacques Audiard, en salles le 19 septembre 2018
Jake Gyllenhaal, sur le tournage des "Frères Sisters" le western du frnaçais Jacques Audiard, en salles le 19 septembre 2018 / Shanna Besson

Michel Ciment est frappé par l'"américanité" de ce film français 

MC : Je comprends très bien que la presse admire ce film. Audiard est un grand cinéaste français, c’est son huitième film et il n’y a pratiquement jamais eu de faux pas.

J’étais stupéfait qu’un Français avec une équipe française, une monteuse française, un chef-op, un musicien français fassent un film aussi profondément américain tout en étant aussi différent des westerns habituels. On n’a pas vu récemment un western américain de ce niveau.

Je trouve magnifique le côté picaresque, avec une structure narrative passionnante : deux histoires parallèles très claires, et ce sentiment de la nature qui est très propre au western.

On n'est pas dans le suspens, on est dans l’attachement à des personnages avec un humour qu’on ne connaissait pas chez Audiard jusqu’à maintenant, et je trouve que c’est une très grande réussite.

Joaquin Phoenix sur le tournage des "Frères Sisters", le western du français Jacques Audiard
Joaquin Phoenix sur le tournage des "Frères Sisters", le western du français Jacques Audiard / Shanna Besson

"Une prouesse formidable" selon Danièle Heymann

DH : J’ai été touchée par l’ambition du film : rendre des tueurs à gage d’une brutalité extraordinaire aussi attachants, il faut quand même le faire.

Il n’y a pas une faute, la musique est américaine, le paysage est américain… c’est quand même une prouesse formidable.

C’est purement un film de Jacques Audiard, avec toutes ses thématiques : les pères, les fils, la fraternité… 

Jake Gyllenhaal, sur le tournage des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard (sortie le 19 septembre 2018)
Jake Gyllenhaal, sur le tournage des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard (sortie le 19 septembre 2018) / Magali Bragard

Nicolas Schaller salue les multiples niveaux de lecture du film

Audiard commençait à m’inquiéter avec De rouille et d’os et surtout Dheepan qui avait reçu la Palme d’Or. Je trouvais qu’il arrivait aux limites limite de son cinéma....

Il a bien fait d’aller s’aérer au Far West car on retrouve un film d’Audiard et je ne l’ai jamais vu de manière aussi frontal sur la question de tuer le père. Un des personnages dit : 

Tu réalises que notre père était un pourri et que c’est son sang que nous avons dans les veines.

C'est un vrai beau western, une vraie fable picaresque. Je retrouve la tonalité du western un peu mélancolique, ces ballades des westerns des années 1970… 

Dans la tonalité, il y a un humour et une vision assez fataliste et désespérée de la société. Ils essayent de créer une société un peu utopique. Le film montre l'impasse vers laquelle va aller ce capitalisme qui se construit...

Il y avait plein de dimensions de lecture du film !

Joaquin Phoenix, sur le tournage des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard (sortie le 19 septembre 2018)
Joaquin Phoenix, sur le tournage des "Frères Sisters", le western du cinéaste français Jacques Audiard (sortie le 19 septembre 2018) / Magali Bragard

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"Les Frères Sisters" de Jacques Audiard - Les critiques du Masque et la Plume

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