Au "Masque et la plume", des critiques ont écharpé Sean Penn pour son film "Into the wild", accusé de n'être qu'une romance banale et mièvre dont personne ne parlerait si elle n'était signée Sean Penn. Quelle injustice! Oui, le cinéaste marche sur un fil avec un sujet qui pourrait le faire tomber dans la mièvrerie : l'itinéraire d'un jeune américain qui rompt avec sa famille et refuse de suivre le destin tracé qui l'attend (carrière, enfants, voiture) en partant loin et seul. Avec brutalité, le jeune homme réalise un rêve : traverser les Etats-Unis pour rejoindre l'Alaska et vivre librement, en osmose avec la nature, dans un dénuement absolu. Cette radicalité aura un prix. Heureusement, l'histoire inspire Sean Penn. Certes, les images sont belles, mais le cinéaste échappe à l'esthétisme à tout prix. Les rencontres que fait le jeune homme égoïste et déterminé sont profondes, elles marqueront chacun des protagonistes qui le croiseront. Et nous avec.Le rejet de l'Amérique actuelle est flagrant dans ce que filme le réalisateur, c'est même son sujet, avec la violence. Si l'enfant renie son éducation, c'est que son père, exemple de réussite sociale, était d'une rare violence avec femme et enfants. Et le héros qui s'impose une vie rude et austère retourne contre lui sans le savoir une violence tout aussi intense. Bref, "Into the wild", inspiré d'un livre qui relate une histoire vraie est d'une émotion et d'une profondeur extrême. Inoubliable.

Into the wild
Into the wild © Radio France
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